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Propos iconoclastes sur le système éducatif français

Alain Bouvier Berger-Levrault, 2019, 250 p., 19 €

Ancien recteur, directeur de la collection « Profession cadre service public », Alain Bouvier reprend ici, en les actualisant, treize « questions taboues » publiées sur son blog depuis deux ans : « cris de colère contre les hypocrisies qui règnent dans l’Éducation nationale » et contre « les bureaucraties » (étatiques et syndicales) dont l’objectif principal reste le statu quo. Fort de son expérience en France comme à l’étranger — notamment au Canada —, s’adossant à une réflexion approfondie sur la gouvernance et le management cognitif, les mécanismes de régulation et d’évaluation, les organisations apprenantes, etc. Alain Bouvier dresse, sans langue de bois, un état des lieux des dysfonctionnements majeurs de notre système éducatif, si mal dénoncés par les acteurs du système et ses usagers, tant les œillères sont vivaces et protectrices des corporatismes.
Cette dénonciation est au service d’une cause : celle de l’équité. Comment accepter le statu quo, les querelles de statuts et de moyens, les freins mis aux innovations (elles existent cependant) quand, dans notre pays, non seulement l’école ne parvient pas à réduire les inégalités socioprofessionnelles entre les élèves mais les aggrave ? Comment expliquer, sinon par la puissance des corporatismes et de l’immobilisme, que la communauté éducative et les pouvoirs publics restent sans réaction face au résultat consternant de l’enquête Pisa : la France est championne du défaut d’équité ? L’auteur nous fait ainsi voyager, avec des références incontestables, dans cet étrange système où « les parents d’élèves sont laissés sur le paillasson », où la sélection reste « une considérable hypocrisie française », où l’évaluation des enseignants demeure « une pratique impossible », où l’enseignement professionnel est toujours « tristement méprisé », où le temps de travail des enseignants « reste le secret le mieux gardé », etc. Il pose alors des questions de fond : comment agir dans la méfiance généralisée ? Pourquoi a-t-on tant de mal à assurer l’évaluation des acquis des élèves ? Comment substituer « l’humain à la bureaucratie » ? Par-delà cette dénonciation des hypocrisies, Alain Bouvier propose un ensemble de pistes pour « piloter » autrement, pour opérer de réels changements, pour dépasser « l’encroûtement et l’ossification ».
La dernière partie se présente comme une « radioscopie » de l’action du ministre Jean-Michel Blanquer. Mais, sans se prononcer sur les résultats de son action (il faut attendre la fin de son mandat), l’auteur observe une évolution notable dans « le style et le management », une certaine mise en mouvement : l’école est capable de bouger et « elle bouge » ! Un livre passionnant, déstabilisant sans doute, qui ouvre largement le débat.

Patrick Mellon
21 avril 2020
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