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La nouvelle économie de l’audiovisuel

Alain Le Diberder La Découverte, 2019, 126 p., 10 €

« En 1977, en montant dans un autobus avec vingt passagers, vous aviez une chance sur trois que votre voisin ait vu la même émission que vous la veille. Aujourd’hui, c’est une chance sur dix-neuf ». Telle est l’une des statistiques qui illustrent les mutations de la nouvelle économie de l’audiovisuel mise au jour par Alain le Diberder. Dirigeant d’un cabinet d’architectes en nouveaux médias, celui-ci a exercé plusieurs responsabilités au sein de diverses chaînes de télévision.

Les chaînes sont les premières chamboulées par l’irruption du numérique, depuis une vingtaine d’années, dans la production, l’édition et la distribution des contenus. Si le nombre d’entrées dans les salles de cinéma reste à peu près stable (autour de 200 millions par an en France), la télévision se trouve au confluent de plusieurs tendances dont les remous n’ont pas fini de se faire sentir. Chute des marchés publicitaires au profit de Google et Facebook ; dispersion des audiences entre des chaînes toujours plus nombreuses ; irruption, enfin, des géants Netflix et YouTube qui change véritablement la donne. Vingt années d’histoire mouvementée sont rappelées et annoncent la disparition quasiment assurée de la vidéo physique. Le débarquement de Netflix illustre la désaffection des nouvelles générations pour la télévision en direct, qui perd de son rôle de liant social. À propos de YouTube, l’auteur ne manque pas de rappeler les critiques régulièrement adressées à la plateforme vidéo (du même groupe que Google), dont l’opacité de son algorithme de recommandation : ainsi le visionnage d’une vidéo sur un sujet « inoffensif » comme la nourriture végétarienne amène assez rapidement à des recommandations de vidéo vegan, sinon complotistes, pour terminer par des massacres d’animaux. À raison de cinq milliards de vidéos regardées quotidiennement dans le monde, ce biais systématique vers le plus extrême pose d’énormes problèmes.

Le lecteur, familier ou non du monde de l’audiovisuel, gagnera à lire ce panorama d’un secteur très évolutif, qui concerne de nombreux citoyens par l’énorme temps d’éveil qu’ils y consacrent. Ce qui ne doit pas faire oublier la modestie du poids économique de l’audiovisuel, qui correspond à 87 000 emplois équivalents temps plein (ETP) en 2016 selon l’auteur. Une estimation nuançant les chiffres, quatre fois supérieurs, régulièrement avancés par le Centre national de la cinématographie, qui comptabilise le moindre contrat flexible  ̶  une pige ou un CDD  ̶  comme un emploi.

Romain Subtil
26 mars 2020
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