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Lettre à la Terre Et la Terre répond

Geneviève Azam Seuil, 2019, 180 p., 17 €

C’est une longue lettre que Geneviève Azam adresse à la Terre dans ce livre et celle-ci lui répond. L’auteure acte ainsi que la terre n’est pas le support inerte de nos existences, que nous avons cru pouvoir maîtriser à l’extrême, mais une véritable interlocutrice. Elle répond à la folie de nos modèles extractivistes, en se manifestant par ses soubresauts climatiques et de multiples résistances biologiques. Elle ne se venge pas mais dérange les plans d’une économie globale et devient l’alliée des « terrestres » qui se lèvent pour désobéir aux injonctions des puissants. Cette terre résolument indomptable n’est pas une marâtre, elle est une « présence à la fois bienfaisante et menaçante, proche, protectrice et radicalement étrangère », la Terre mère de ceux qui acceptent leur connaturalité avec elle mais aussi sa « part sauvage qui exige le retrait », des citoyens – des femmes surtout – qui dénoncent les attaques qu’elle subit, des communautés indigènes qui protègent les lieux sacrés… Car l’humanité n’est pas responsable en bloc des dégâts écologiques. Aux « “nous” des terrestres » s’oppose « le “eux” des puissances criminelles » qui fuient leurs responsabilités dans le déni ou le délire de la géo-ingénierie.

Geneviève Azam égrène longuement les dégâts causés par notre modèle économique. Mais, elle nous permet de reprendre souffle à la fin de sa lettre quand elle évoque son espérance. L’effondrement technico-économique en cours est « salutaire » : « les souffrances humaines et sociales » qu’il engendrera « sont sans commune mesure avec celles, inhumaines » de la poursuite de notre monde actuel. Il pourrait nous apporter la joie de redécouvrir la nature, de reformer des communautés solidaires ; elles surgissent déjà après les catastrophes et témoignent de la résilience de modes de vie lowtech en alliance avec le vivant.

La réponse de la Terre, par contre, est un peu décevante, reprenant des éléments déjà développés. Mais elle est surtout confiance faite aux terrestres et invitation à l’action : si la terre peut détruire pour alerter, ce sont bien les humains seuls qui sont « la source de l’action politique ».

Hélène Noisette
8 mars 2020
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