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L’esprit malin du capitalisme

Pierre-Yves Gomez Desclée de Brouwer, 2019, 300 p., 17,90 €

Pour échapper au catastrophisme ambiant, Pierre-Yves Gomez entreprend de décrypter le récit construit autour du capitalisme spéculatif lancé par une simple réforme du système américain de retraite en 1974 (Employee Retirement Income Security Act). Depuis, les fonds de pensions américains cherchent des dividendes à deux chiffres. Leur quête boulimique a progressivement obligé les entreprises à rendre des comptes de plus en plus réguliers à l’élite financière : indicateurs chiffrés, rapports trimestriels, selon de nouvelles normes comptables… Elle a trouvé une base mécanique dans la digitalisation permise par les nouvelles technologies de l’information et de la communiation (NTIC). Sous prétexte de promesse disruptive, des start-ups deviennent des licornes dont les plus ambitieuses sont dévorées par les GAFA. Ces entreprises réalisent leurs promesses en monétisant le travail invisible des consommateurs. Tous deviennent des microcapitalistes capables de mettre sur le marché des chambres d’amis, des places de covoiturage ou leur dernière acquisition sur Internet… Et l’intelligence artificielle fait rêver d’un futur meilleur en décryptant les big datas du passé. Qu’importe si la dette financière, écologique ou sociale se creuse, nous aurons toujours plus besoin de la technologie pour sortir du labyrinthe que nous construisons nous-mêmes. Pour Pierre-Yves Gomez, cependant, ce grand récit ne rend pas compte de la vraie vie et les gens ordinaires n’y croient qu’à moitié. Ils y échappent en inventant des histoires alternatives qui préparent le monde de demain… Lequel renaîtra ainsi des cendres de la prochaine crise financière et sociale.

Ce livre est intelligent, salutaire et modeste. Intelligent parce qu’il vulgarise les meilleures recherches en management des entreprises. Salutaire, en ce qu’il décrypte le labyrinthe que nous construisons par nos actes économiques les plus invisibles. Modeste, car il ne prétend pas construire un grand récit alternatif. Trop modeste pourtant : il n’imagine pas que l’on puisse sortir du labyrinthe capitaliste avant qu’il n’épuise notre biosphère.

Bertrand Hériard Dubreuil
2 mars 2020
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