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Le climat après la fin du mois

Christian Gollier Puf, 2019, 365 p., 19 €

Pour l’auteur, président de l’Association européenne des économistes de l’environnement, une seule politique peut nous permettre de respecter les Accords de Paris : faire payer le carbone à son juste prix incluant les externalités environnementales. Il plaide en faveur de la taxe carbone et argumente pour un « bon prix » du carbone à 50 euros par tonne, avec une augmentation progressive. Ce prix est basé sur les dégâts qu’une tonne de carbone émise aujourd’hui produira dans 80 ans (en tenant compte de l’inertie du système climatique) et que l’on peut évaluer à 1 200 euros à ce moment-là. À partir de nombreux exemples, l’auteur éclaire les hypothèses qui lui permettent de fixer ce prix, dont un taux d’actualisation de 4 % par an. Au final, l’ouvrage est lisible, et même agréable à lire, sans avoir besoin d’être un expert.

Pour suivre le raisonnement proposé, il faut cependant accepter les postulats de l’économie mainstream dans laquelle il s’inscrit : l’homme ne cherche qu’à maximiser son intérêt ; seul le facteur prix aura un effet sur ses décisions et l’on ne résoudra pas le problème climatique par des lois (qui créeraient une société autoritaire) ni par de simples appels à la conscience de chacun. Si la situation actuelle semble donner raison à Christian Gollier, on peut interroger la tendance à tout comptabiliser par un coût : peut-on comparer une perte de pouvoir d’achat et des dégâts environnementaux qui risquent de mettre en jeu la possibilité même de vivre ? L’accès à un environnement sain est-il substituable par de l’argent ? Se référant aux Gilets jaunes, l’auteur s’étonne que les Français, sensibles au climat, se soient révoltés contre la hausse nécessaire de cette taxe carbone. Certes, il reconnaît que cette taxe diminue, en valeur relative, davantage le pouvoir d’achat des plus précaires ; mais elle peut et doit être compensée pour les bas revenus. La lutte contre les inégalités se joue sur un autre plan, celui de la progressivité de l’impôt sur le revenu. Pourtant l’auteur n’évoque jamais le fait que cette hausse de la taxe carbone ait été annoncée après la suppression de l’ISF…

Au final, même si l’on peut questionner certaines positions de l’auteur, on se plaît à entrer en débat avec lui. On termine en partageant son espoir, qu’à défaut d’un prix universel du carbone, une « coalition climatique de pays ambitieux » puisse « mettre en place un prix du carbone commun, avec une taxe douanière pour lutter contre les fuites de carbone » vers les pays moins regardants, et « des compensations massives sous forme de chèque vert et autres déductions de charges sociales sur les bas salaires », ainsi que « le démantèlement concomitant de toutes ces normes environnementales » et « subventions déguisées ».

Hélène Noisette
14 février 2020
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