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Imparfaites démocraties Frustrations populaires et vagues populistes

Yves Mény Presses de Sciences Po, 2019, 296 p., 19 €

La philosophe Gloria Origgien faisait le pronostic, à l’occasion de la sortie du dictionnaire Passions sociales (Puf) : « Le XXIe siècle sera chaud… La combinaison entre démocratie et inégalités sociales peut faire ressurgir des passions. » Yves Mény s’emploie à y mettre un peu de froideur et de distance, en analysant les formes contemporaines de « frustrations populaires » et de populismes dans des démocraties par définition imparfaites. Cette synthèse est particulièrement intéressante sur trois points. D’abord, par une perspective comparatiste. Loin de s’en tenir à la France, l’auteur ouvre la réflexion sur le monde anglo-saxon, à commencer par les États-Unis, mais aussi sur d’autres pays européens, l’Italie en premier lieu – que l’auteur connaît particulièrement bien. Ensuite, grâce à la perspective historique, l’auteur remonte à la première vague populiste à la fin du XIXe siècle, aux États-Unis avec le People’s Party revendiquant une démocratie directe, comme en France avec le mouvement autoritaire (et antirépublicain) du général Boulanger. Certes la teneur et l’expression des populismes évoqués sont très différentes mais ils se rejoignent notamment dans la dénonciation des experts. Enfin, la perspective est européenne. Par exemple au chapitre IV : « La technocratie : auxiliaire démocratique ou bouc émissaire du “peuple” ? » Elle permet à Yves Mény d’incarner la transformation profonde de l’action politique en cours avec le passage du gouvernement à la gouvernance. Notons que le mouvement des « gilets jaunes », qualifié de « concentré à l’état pur du populisme », est présent dans cet ouvrage. Populisme qui est « d’abord beaucoup de rage, de frustration, d’exaspération que les canaux habituels de représentation s’avèrent incapables de comprendre, de saisir, de contrôler ». On peut toutefois s’étonner du ton quelque peu sépulcral qui affleure parfois, mais aussi de certaines formules, dures et désespérantes, comme : « La politique s’est ubérisée et les électeurs se comportent comme des consommateurs individualistes, volatils, mus par des passions passagères », ou « la politique nationale n’est plus guère qu’un théâtre d’ombres. »

Jean Vettraino
24 décembre 2019
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