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Le revenu de base en question De l'impôt négatif au revenu de transition

Ambre Fourrier écosociété, 2019, 152 p., 15 €

Vue l’abondance de la littérature consacrée au revenu de base, on pourrait croire que tout a été dit sur le sujet : ses objectifs, son montant, ses modalités de financement, les expériences auxquelles il a donné lieu… mais si le débat ne semble pas vouloir finir, le livre d’Ambre Fournier, qui se présente comme « proche des milieux de la décroissance », apporte une contribution documentée et plutôt objective, bien loin de nombreuses publications trop souvent brouillonnes, superficielles et partisanes. Cet ouvrage se démarque par la distinction que l’auteur établit entre quatre grandes familles de revenus de base, là où d’autres le considèrent d’un seul bloc. Ambre Fourrier distingue ainsi « l’impôt négatif », d’un montant faible et destiné aux plus démunis ; « l’allocation universelle », faible aussi, mais distribuée à tous ; « le revenu social garanti », qui doit permettre aux plus démunis de vivre dignement et « le revenu de transition », d’un montant élevé, inconditionnel et universel. Cette présentation lui permet de renvoyer à l’école de pensée à laquelle ils se réfèrent et le type de société vers laquelle ils conduisent : l’ultralibéralisme, la social-démocratie, une société redistributive et la sortie du capitalisme.

L’originalité du livre d’Ambre Fourrier n’est pas tant dans la présentation du « revenu de base en pratique », à travers les expérimentations menées par tel ou tel pays, région ou ville (on peut en trouver de plus exhaustives ailleurs), mais dans l’exposé des enjeux politiques. Elle choisit pour cela « d’évaluer les gains et les pertes possibles occasionnés [par chaque catégorie de revenu de base] au regard de trois valeurs essentielles : la liberté et l’égalité d’une part, en tant que valeurs fondatrices de régimes politiques modernes, et la soutenabilité d’autre part, valeur qui devient incontournable à mesure que nous prenons conscience de la grande fragilité de notre mode de vie sur le plan écologique ». Car les conséquences ne sont pas les mêmes selon que l’on instaure « l’impôt négatif », « l’allocation universelle », « le revenu social garanti » ou « le revenu de transition ». Les deux premiers conduiraient à une flexibilisation du marché du travail et n’auraient guère d’incidence sur la soutenabilité. Le troisième permettrait aux plus démunis de vivre dignement et d’être reconnus socialement autrement que par leur emploi. Quant au dernier, il vise « à créer les conditions d’un dépassement des rapports de domination propres au capitalisme : le salariat, la technique, le patriarcat ». Il est aussi « partie prenante d’un projet d’écologie politique se donnant pour objectif une “soutenabilité forte” ».

Pour autant, Ambre Fourrier ne se prononce pas pour ou contre l’une ou l’autre forme, même si l’on sent poindre une légère préférence en faveur du « revenu social garanti » ou du « revenu de transition ». Elle botte plutôt en touche, in fine, en reconnaissant que l’instauration du revenu de base, quelle qu’en soit la forme, relève du politique et de « considérations stratégiques ».

Patrice Le Roué
15 décembre 2019
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