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Scandales et démocratie
Que faire de notre indignation ?

Jérôme Lèbre Desclée De Brouwer, 2019, 200 p., 16,90 €

« La démocratie n’est pas un régime ; c’est la coexistence d’une multitude d’êtres singuliers. » Elle est un « espace instituant mais jamais totalement institué » et pose « la question de la juste provocation et de la juste réponse face aux scandales et aux provocations qui ne cessent de surgir ». Philosophe, proche de Jean-Luc Nancy, Jérôme Lèbre travaille et élargit ici le concept de scandale, le liant au désir de justice et le plaçant au cœur de nos démocraties et de nos existences. En parcourant quelques lieux, méthodes et outils des scandales – des rues et places aux performances artistiques –, il en montre l’ambivalence. Étymologiquement, le skandalon est une « pierre d’achoppement qui est aussi celle sur laquelle on peut se fonder ». Si les scandales peuvent faire avancer la justice et l’emprise citoyenne sur la vie publique, leur enchaînement peut aussi vider le politique de tout contenu, de même que des provocations peuvent mener à la réflexion (par le rire, par l’art…) ou à l’exaspération (joute oratoire qui finit par perdre tout le monde). Cette ambivalence se retrouve dans l’échelle envisagée : le scandale a une dynamique collective ; il a aussi une statique, individuelle, intime, « qui fait que chacun tient en dehors de tout ce à quoi tient la société ». On retrouve ici l’intérêt de l’auteur pour les singularités. Cet essai est aussi une charge contre le conformisme, dont Jérôme Lèbre rappelle la force et la puissance agissante, quel que soit le domaine considéré : économique (consumérisme débridé et égoïste), politique (consensus qui ne fait aucune place à d’autres aspirations, banalisation de la violence), juridique même (un droit figé, injuste). On pourra regretter la faiblesse de la partie sur l’écologie ainsi que quelques oppositions faciles, telle la « conscience résistante » face à une « fausse bonne conscience ». Ce livre n’avance pas de solutions concrètes ; il est plutôt un appel renouvelé à la responsabilité de chacun et de tous.

Émilie Reclus
18 octobre 2019
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