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Le monde qui vient ou comment reprendre le contrôle sur les technologies

Christophe Victor Plon, 2019, 336 p., 20 €

Le constat est désormais banal de la rapidité des changements de notre monde ; mais cette transformation s’accélère sans cesse. La puissance de la machine et la convergence des technologies (nanotechnologie, biotechnologie, informatique, sciences cognitives…) nous font déjà entrer dans « la quatrième révolution industrielle ». Christophe Victor analyse avec beaucoup de soin et de pédagogie ces mutations qui bouleverseront demain notre environnement, notre consommation, notre travail, nos démocraties et notre santé.

Pour la première fois, l’homme a à sa portée la capacité de manipuler la matière à l’échelle atomique, de modifier les gènes des êtres humains, d’augmenter son potentiel physique et cognitif. Aussi bien, l’auteur se pose la question de la modification des lois de la nature et de la nature même de l’être humain. Si, pour nos ancêtres et même nos parents, les fondamentaux de la vie en société n’évoluaient que sur le très long terme, nous ignorons tout du monde qui vient. Dès lors que la technologie nous permet d’intervenir sur la matière à son stade le plus élémentaire, sur le corps et sur l’esprit, nous ne pouvons plus être sûrs de rien. Quand des individus attendent des réponses simples à des problèmes immensément complexes, il n’y a pas d’issue. Certes, il s’agit d’un réel progrès sur bien des aspects. Nous sommes en permanence connectés afin de pouvoir mieux nous informer. Les technologies ont libéré le travail d’un certain nombre de tâches pénibles et fastidieuses, elles nous ont permis de mieux nous soigner, de réparer des handicaps, d’anticiper les maladies (jusqu’à imaginer un jour vaincre la mort)...

Mais, en même temps, les grandes plateformes informatiques nous connaissent mieux que nos collègues de travail, voire que notre famille. Le système de reconnaissance faciale nous suivra bientôt partout et des cliniques privées se multiplient, dans les pays à la législation la plus libérale, qui proposent des bébés à la carte avec diagnostic préimplantatoire. Sans oublier les limites des ressources de notre planète et son effondrement éventuel. Promesse d’un monde meilleur et danger d’un avenir qui nous échappe sont les deux faces d’une même médaille : celle de ce progrès technologique. Christophe Victor en souligne les impacts potentiellement considérables. Les promoteurs de ce bouleversement ne sont plus tant les scientifiques ou les États démocratiques que quelques géants privés ou des régimes autoritaires qui mettent la main sur des pans entiers de l’économie mondiale. Et cette évolution s’accompagne d’une concentration de la richesse dans les mains d’une proportion toujours plus réduite de la population.

Par nature, le monde qui vient n’est pas pire ou meilleur que celui que nous quittons : il sera ce que nous en ferons. Christophe Victor tente de tracer un chemin entre l’utopie techno-dirigiste (qui se construit en Chine par exemple), l’utopie libertarienne et la tentation du retour en arrière des populistes de tous bords. Le grand mérite de cet ouvrage, érudit et accessible, est d’offrir une vision globale intégrant des bouleversements souvent abordés de manière segmentée.

Jean-François Mézières
30 octobre 2019
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