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Le choc Révolution industrielle, biosphère, société

Jean Carassus Éditions de l'aube, 2019, 176 p., 17,90 €

Face aux catastrophes socio-écologiques actuelles et à venir, un scénario de rupture dans le développement industriel serait encore possible… En sept chapitres, Jean Carassus, professeur de l’École nationale des ponts et chaussées, est clair et synthétique : l’enjeu majeur de notre époque est bien la « réorientation radicale » de la troisième révolution industrielle, dont il rappelle la violence du choc sur la biosphère et la société (chapitres 2 et 3). Il la resitue historiquement (chapitre 1), suivant une séquence inspirée de celle de Jeremy Rifkin, par ailleurs contestable (cf. à ce sujet le n°349 de la Revue Projet, « Sauvés par la révolution numérique ? ») : 1770, charbon et vapeur ; 1870, pétrole et électricité ; 1970, internet et numérique. Cette réorientation passe principalement, pour l’auteur, par deux leviers. D’abord, la décarbonation massive de l’investissement productif, et donc, également, une vision alternative de l’économie, à l’instar de l’économie circulaire (chapitre 4). Ensuite, l’action dans les territoires, à commencer par les grandes régions urbaines mondiales, notamment au niveau des modes de vie, ceux des groupes sociaux les plus aisés en premier lieu ; action passant aussi par une responsabilisation des entreprises et une régulation de l’économie accrues, un effort colossal de formation, etc. (chapitres 5, 6 et 7). Cette attention aux territoires est l’une des forces de cet essai, même s’il lui manque, comme le souligne Pierre Veltz dans son excellente préface, une théorie de la mise en réseau et de l’articulation des échelles spatiales – mais ce vide théorique et pratique est le lot commun des réflexions sur la transition écologique… Jean Carassus ne sous-estime pas l’inertie du modèle actuel, qui ne tient pas qu’à l’activité des lobbies comme il l’illustre à travers l’exemple de la rénovation du parc de logement en France où la question énergétique est encore mineure. Quoi qu’il en soit, et bien que la pensée de la catastrophe soit étonnamment pauvre pour un ouvrage intitulé « le choc », rejoignons l’auteur (qui lui-même en rejoint bien d’autres) : il est trop tard pour être pessimiste.

Jean Vettraino
28 août 2019
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