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Cyberminimalisme Face au tout-numérique, reconquérir du temps, de la liberté et du bien-être

Karine Mauvilly Seuil, 2019, 240 p., 18 €

Après nous avoir alertés sur Le désastre de l’école numérique (Seuil, 2016), Karine Mauvilly revient avec un véritable manuel de survie en milieu numérique et, au-delà, l’ébauche d’un art de vivre minimaliste dans un monde hyperconnecté. Attention toutefois à ne pas ranger cet ouvrage au rayon « développement personnel ». Il est édité dans la collection Anthropocène du Seuil et ce n’est pas un hasard : le « tout-numérique » y est présenté sans équivoque comme une impasse écologique et sociale. Pour y faire face, l’auteure nous livre une série de conseils très pratiques, reposant sur un fond théorique solide. Elle se pose ainsi en passeuse, traduisant en termes simples le fruit de réflexions et d’études trop méconnues du grand public.

Le premier chapitre recommande de réduire l’équipement numérique en déconstruisant le mythe de la « dématérialisation », un « mensonge pur et simple » : le cloud n’a rien d’un nuage quand il remplit d’immenses data centers énergivores. Le second préconise aux parents de résister jusqu’aux 15 ans de leurs enfants pour leur premier smartphone. L’auteure liste les innombrables dangers des écrans : dépendance aux shoots de dopamine provoqués par les réseaux sociaux notamment, baisse des résultats scolaires, baisse du sommeil, troubles de l’attention, accès à des contenus pornographiques et violents, voire accentuation des souffrances psychologiques… Et cela sans le moindre avantage éducatif démontré. On tâchera en outre de cultiver la « cyberpolitesse » face au « phubbing » – cette habitude de garder les yeux baissés sur le téléphone quand quelqu’un vous parle –, à encourager des réunions sans smartphone au travail et à privilégier le logiciel libre pour protéger ses données personnelles contre « l’omniprésence des géants de la tech ». Pour illustrer ses conseils, Karine Mauvilly utilise le meilleur des arguments, celui de l’exemple : quatre années sans smartphone, une réduction de 25 % des objets connectés, le passage aux logiciels libres, les économies réalisées, le temps gagné, les discussions familiales reconquises… Elle inscrit ainsi notre rapport au numérique dans un véritable mouvement sociétal vers le minimalisme : « vivre mieux avec moins » pour préserver l’écosystème tout en s’émancipant des désirs sans cesse renouvelés de la société de consommation. Au-delà de l’enjeu de l’usage individuel, elle ouvre des voies vers l’action collective, en appelant à « résister à la numérisation de l’école » et à demander un « droit à la non-connexion ». Ce grand chantier d’une régulation collective reste ouvert, mais avec cet ouvrage nous disposons d’un bel outil – non numérique !

Yves Marry
27 juin 2019
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