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Le bonheur était pour demain Les rêveries d’un ingénieur solitaire

Philippe Bihouix Seuil, 2019, 384 p., 19 €

Une invitation à la balade et au rêve : ainsi résonne au premier abord le titre de cet ouvrage. Qui ne connaît pas Philippe Bihouix pourrait être tenté de croire qu’il va nous raconter une belle histoire du futur, nourrie d’envolées lyriques et de récits merveilleux. Fort heureusement, rien de tout cela avec un homme qui préfère la franchise, même crue, aux mensonges rassurants. Au cours de dix promenades, l’auteur porte son regard sur tout ce qui forme notre imaginaire social.
Il s’attaque tout d’abord à ce qui constitue notre socle commun de rêves depuis le début de la révolution industrielle : ces rêves d’aller plus vite, plus haut, plus fort ou plus loin. Tout passe au fil de la pensée de l’auteur : mobilité ultrarapide et sans effort, énergie illimitée et non polluante, prouesses architecturales, agriculture connectée. Avec patience et précision, il s’attaque à ces illusions une à une, démontrant leurs limites et les grandes difficultés de mise en œuvre. Puis vient une autre catégorie d’illusions : toutes les promesses de réparation du monde par la technique, des promesses si bien intentionnées qu’on oublie leurs conséquences réelles : géo-ingénierie, programmes médicaux qui assurent la vie éternelle, inventions multiples destinées à impulser une croissance « verte ». À nouveau, l’auteur, avec toute sa culture scientifique, en démontre les dangers et l’irréalisme pour le monde de demain. Finalement, il se met à rêver de ce qui serait réellement envisageable pour que la vie reste possible et heureuse sur notre Terre. Il nous fait suivre ainsi le sentier étroit qui mène à la sobriété : low tech, réflexions sur les limites démographiques de notre planète et changements politiques souhaitables à toutes les échelles. Et si le réalisme de l’auteur ne l’incite pas à un franc optimisme, on perçoit malgré tout une profonde envie de trouver des solutions pour que le monde de demain soit vivable et heureux pour l’humanité.
Le lecteur en quête de certitudes sera peut-être surpris à la lecture de ce livre, mais le sous-titre résume bien l’intérêt et les limites de son propos : Philippe Bihouix n’écrit pas un livre de recettes, mais il partage ses rêves et ses angoisses pour le monde qui vient. Le témoignage d’un bel engagement qu’on a envie de poursuivre avec lui.

Matthieu Cassou-Mounat
22 juin 2019
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