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La quadrature des classes Comment de nouvelles classes sociales bouleversent les systèmes de partis en Occident

Thibault Muzergues Le bord de l’eau, 2018, 172 p., 18 €

Comment comprendre les victoires électorales de Trump, Macron, Tsipras ou Kurz ? Chacun, à sa manière bien sûr, a réalisé la quadrature des classes, là où les partis classiques n’ont pas su changer de logiciel. Ce livre essaye de donner un sens aux changements profonds qui s’opèrent dans l’électorat occidental. Pour percevoir ce qui se passe à la suite de la crise de 2008, on ne peut plus se référer au contenu idéologique de l’offre politique, mais il convient de se concentrer sur la demande des citoyens. Avec cet angle d’analyse on voit apparaître quatre classes qui occupent autrement l’espace politique : la classe créative urbaine et libérale ; la classe moyenne provinciale, style Fillon ou Boris Johnson ; la nouvelle minorité blanche ouvrière, socle tant du Rassemblement national que de l’AfD ou de Trump ; les « millenials », frustrés de voir leurs aspirations freinées, soutiens d’un Mélenchon, d’un Bernie Sanders ou du sécessionnisme en Catalogne. Après une première partie consacrée à décrire les caractéristiques de ces classes, la seconde relit les événements électoraux depuis dix ans pour montrer comment ces nouveaux acteurs interagissent entre eux. Cette reprise de l’histoire récente se fait au moyen d’analyses comparées : France et États-Unis, cœur économique de l’Europe du Nord-Ouest, classe ouvrière au pouvoir dans l’Europe centrale et orientale, « millenials » à l’assaut du statu quo dans l’Europe du Sud. Pour ces victoires électorales, deux conditions se révèlent : d’une part, qu’un leader apparaisse clairement comme le champion d’une classe, et, d’autre part, qu’il ait la capacité d’agréger une partie d’une autre, généralement la classe moyenne provinciale (elle reste majoritairement au centre des débats). Selon l’auteur, un tel système quadripartite, avec les alliances qu’il appelle, se montre plus stable que les anciens systèmes bipolaires. À condition cependant que les jeux d’interaction assurent ne pas laisser place à un possible et risqué jeu extra-démocratique (tel un mouvement social issu de marginalisations ou de rébellions). Car si les facteurs économiques jouent un rôle majeur dans ces luttes électorales, le complexe combat culturel constitue aussi un argument non négligeable. Un ouvrage tout à fait éclairant.

Jean-Marie Carrière
6 mai 2019
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