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La crise de l’accueil des réfugiés de 2015 Une pathologie du modernisme

Nader Vahabi L’Harmattan, 2018, 200 p., 23 €

Après plusieurs travaux sur l’Iran et la diaspora iranienne, l’auteur, sociologue à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès, élargit ici son champ d’étude vers les mouvements migratoires entrant en Europe. Son hypothèse est que le tournant des politiques qui s’y sont affrontées se comprend comme l’émergence d’une pathologie plus ancienne : dans le processus de mondialisation actuel, c’est un rapport de domination géographique Occident/Orient qui aboutit à une crise de l’accueil migratoire. Un tournant révélateur d’un néoracisme culturel, qui s’inscrit dans la continuité de dérives telles que l’envahissement des nouveaux mondes, la traite négrière et le colonialisme. Quatre chapitres entendent établir les faits, grâce à une étude statistique détaillée depuis les années 1980, qui met en évidence l’inégalité dans la distribution des chances, les itinéraires emblématiques, le coût humain des déplacements. Les cinq autres chapitres cherchent à comprendre ce qui constitue la « crise », par une reprise de la réflexion sociologique sur celle-ci ou sa perception dans le champ académique et par une analyse plus directement politique de la manière dont elle a été affrontée. Établir une connexion entre crise migratoire et état d’urgence – à partir de 2015 – aboutit à une différenciation des statuts migratoires (lestée d’un contenu moral avec l’opposition entre réfugié et migrant économique), rendant illégitimes certaines migrations : tous les points essentiels à la mise en œuvre d’une politique migratoire sécuritaire. L’Europe déploie des réponses qui ne sont pas à la hauteur des valeurs qu’elle prétend incarner, oubliant les leçons de son histoire. À partir de références diverses, l’auteur offre ainsi une perspective originale sur les migrations contemporaines vers l’Europe, atteinte de ce qu’il appelle la pathologie du modernisme. On regrettera juste que l’importance du facteur « média » dans la représentation des crises et des migrants n’ait pas reçu l’attention qu’elle mérite.

Jean-Marie Carrière
19 avril 2019
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