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Réseaux ! Le pari de l’intelligence collective

Jacques Blamont CNRS éditions, 2018, 272 p., 23 €

« Le cadre de vie est, dans ce XXIe siècle, Internet. » On entre dans l’ouvrage par l’épopée scientifique, technique et industrielle conduisant à l’ère numérique. Loi de Moore, paradigme de la plateforme, courbe de Gartner, wikinomie, cloud, open source… Ces notions, leurs bases matérielles concrètes et leurs penseurs, sont clairement exposés par l’auteur, physicien et cofondateur du Centre national d’études spatiales (Cnes). Jacques Blamont souligne les enjeux de maîtrise et de gestion de l’information, mais aussi les enjeux financiers liés à la révolution numérique. Outre des données chiffrées, il appuie son propos sur de nombreux exemples, qu’il s’agisse de la saga Facebook, de la constitution de la base libre de données géographiques OpenStreetMap (grâce au crowdsourcing), ou du volontariat en ligne proposé par l’ONU… Une intelligence collective, via Internet et la « connectivité universelle », se manifeste et se développe. L’idée-force de ce livre est celle des regroupements des gens (« la foule » ou « la multitude ») en communautés participatives, dont le rattachement à des institutions permettrait un cadre et une orientation vers un projet commun – dans le domaine de la recherche spatiale (développé ici) comme dans d’autres domaines. D’ailleurs, cette idée de « Fédération » a déjà une traduction concrète : « une association (loi de 1901) qui regroupe des dizaines ou centaines de sociétés de makers et fablabs qui constituent la branche horizontale de la Fédération. La branche verticale est assumée par le Cnes partenaire, sponsor et chargé d’un rôle informel dans l’animation et la participation à la communauté ». Mais les limites de cet essai sont de trois ordres. D’abord, un fort biais technoscientifique, comme une sorte d’inéluctabilité prêtée aux évolutions passées et à venir. Ensuite, la façon un peu caricaturale dont est envisagée la « foule » de l’Internet, alors que plusieurs études permettent une approche plus fine, (cf. Le sacre de l’amateur de Patrice Flichy, 2010). Enfin, la question de la fiscalité et de la répartition de la valeur ajoutée créée n’est pratiquement pas abordée ; c’est dommage, à l’heure où la France met en place une taxe sur les Gafa et que des travaux montrent certains dessous de l’intelligence artificielle, (par exemple, En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic d’Antonio Casilli, 2019). Tout de même : cet ouvrage contribue bien à l’intelligence collective !

Jean Vettraino
8 mars 2019
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