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L’urgence du vivant Vers une nouvelle économie

Dorothée Browaeys Éditions François Bourin, 2018, 272 p., 21 €

En 2008 était instaurée une journée internationale de la Terre nourricière ; dix ans plus tard, Emmanuel Macron déclarait : « Nous sommes en train de perdre notre bataille contre l’effondrement de la biodiversité. » Or, pour Dorothée Browaeys, journaliste scientifique, ce n’est peut-être pas si sûr. Au fil des chapitres, elle donne la parole à des juristes, entrepreneurs, financiers, comptables, militants, hommes politiques et universitaires qui s’efforcent, chacune et chacun depuis la position qui est la leur, de « transformer nos activités productives en activités génératives, d’articuler l’économique et l’écologique ». Des acteurs qu’elle connaît bien pour diriger Tek4life, structure coordonnant des plateformes de dialogue sur les transitions sociotechniques. Pour l’auteure, le vivant – de l’agroécologie à la biologie de synthèse (à laquelle elle a consacré un ouvrage en 2011) – constitue le cadre « englobant, stimulant et bien réel » de l’ensemble des transitions en cours. Mais il lui manque une traduction politique concrète, à l’échelle nationale comme à l’échelle internationale. Il lui manque également une traduction économique et comptable. La nature doit être « internalisée » aux systèmes de production, de la comptabilité des entreprises aux nouveaux indicateurs de richesse nationaux et internationaux. « Bioéconomie », « permaéconomie », « économie avec le vivant » ou « économie régénérative » : les noms sont divers pour traduire cette réalité foisonnante et inventive, qui manque encore d’articulation et de portée. Car si de l’énergie à la cosmétique les « bioproduits » existent et se développent (Dorothée Browaeys en donne de nombreux exemples), on peine à voir les changements structurels. Une sorte d’optimisme fataliste traverse l’ouvrage : au fond, nous n’avons pas le choix. « La chance réelle aujourd’hui est que le « parasite » (le capitalisme) ne peut durer sans se transformer en symbiose, sans s’adapter aux logiques des systèmes vivants. […] Le mouvement s’amplifie pour passer d’une transition tirée par le climat à une conversion structurée par le vivant. » Il manque enfin à ce dernier une traduction éthique. Ce point, moins développé que les deux précédents, est central aux yeux de l’auteure. De fait, la question posée, in fine, est celle de notre relation au monde.

Jean Vettraino
21 février 2019
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