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Le droit du plus fort Nos dommages, leurs intérêts

Anne-Marie Voisard Écosociété, 2018, 344 p., 19 €

Une histoire à la Kafka. Pourtant, ce livre n’est pas un roman ! C’est bien la réalité de la violence exercée par le système judiciaire que révèle Anne-Marie Voisard. À partir d’une expérience vécue, celle de plusieurs années de combats judiciaires autour de la publication du livre Noir Canada – qui a valu aux auteurs et à l’éditeur Écosociété d’être poursuivis par les compagnies minières surpuissantes incriminées dans l’ouvrage –, l’auteur livre une analyse pointue, acerbe et très éclairante des perversions d’un droit qui oublie la justice. Pour lever le voile sur « le rôle tactique du droit dans les technologies contemporaines du pouvoir », Anne-Marie Voisard, en liant expériences et références philosophiques, détaille combien la violence de la procédure aux mains des plus forts s’exerce sur le corps, sur la parole et sur le langage, et comment le droit est uniquement ramené à la procédure, le dispositif judiciaire devenant une instance non de justice mais de normalisation. Les « poursuites bâillons », ces actions en justice qui visent à intimider, neutraliser, censurer des personnes ou des groupes qui ont pris part au débat public dans le cadre de controverses ou critiqué des entreprises, sont symptomatiques d’une censure légalisée au nom du droit à la réputation. Le droit est devenu le terrain privilégié et l’arme du néolibéralisme. Avec ce livre, Anne-Marie Voisard s’essaie avec brio et humour à ce que Michel Foucault nommerait « un certain art de l’inservitude volontaire ».

Juliette Decoster
27 décembre 2018
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