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La voix de ceux qui crient Rencontre avec des demandeurs d'asile

Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky Albin Michel, 2018, 320 p., 19,50 €

Les demandeurs d’asile et les réfugiés font partie aujourd’hui du quotidien de nos sociétés : nous entendons parler « d’eux » aux nouvelles et dans les journaux, nous les voyons sous les ponts, dans les camps, nous les apercevons parfois dans le métro. Nous en entendons surtout parler en termes de chiffres et de statistiques ou de catégories administratives. Or, dans leurs récits, ces hommes et ces femmes exposent leur souffrance, expliquent leur exil. Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, psychologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny, jongle entre les récits de personnes qu’elle accompagne dans un cadre clinique et les démarches administratives auxquelles elles doivent faire face. Entre ces deux mondes auxquels sont confrontés les demandeurs d’asile – la survie au quotidien et la détresse psychique –, l’exigence de l’État d’entrer dans la case qui leur correspond. À travers des récits de souffrance, La voix de ceux qui crient nous propose des clés pour essayer de comprendre une réalité qui nous dépasse, sans réduire la personne à sa souffrance et en essayant d’élargir notre champ de vision. Cinq chapitres, où l’auteure nous donne à mieux comprendre qui sont les demandeurs d’asile, au-delà de la suspicion ou de la victimisation, et comment une consultation clinique peut se transformer en un lieu de rencontre et non pas un lieu de folie, lorsqu’ils retrouvent leur voix, une voix d’homme ou de femme libre. La constante de ce livre est cette parole qui permet de trouver du sens au milieu de l’incertitude, de retrouver une place politique, sociale et culturelle. Avec respect, la psychologue expose les mots que partagent les demandeurs d’asile, des mots chargés d’angoisse qu’elle essaye de transformer afin qu’ils se les approprient pour redevenir acteurs de leur propre histoire, sans vouloir effacer le passé douloureux, mais simplement pour aller mieux. L’auteure prend le risque d’analyser sa propre pratique : elle partage son ressenti, raconte la façon dont ces consultations la transforment et comment le cadre clinique permet, au fur et à mesure, de dépasser la suspicion et de tisser des affects, des liens, d’entrer en empathie.  Au travers des histoires d’Ibra, Raj, Nusrat, Anwar, Karan ou Shabana, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky nous partage les moyens qu’elle utilise pour aider les personnes à se reconstruire dans l’exil. Elle invite ainsi le lecteur à ne pas rester spectateur de ces récits mais à découvrir les demandeurs d’asile comme des miroirs de nous-mêmes, à entrer dans une réciprocité. Elle nous rappelle que nous avons besoin les uns des autres et que nous pouvons contribuer à ce que ces autres puissent poursuivre leur chemin et être libres. 

Marcela Villalobos Cid
5 novembre 2018
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