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Juger sans entrave 50 ans de lutte pour la justice et les libertés

Syndicat de la magistrature La Découverte, 2018, 160 p., 24,90 €

Dans le monde judiciaire, le Syndicat de la magistrature est une instance active, pensante, souvent honnie, toujours intéressante. Ce recueil au format d’album n’est pas à lire, mais à dévorer. Année par année, de 1968 à 2018, l’actualité dans son ensemble est passée en revue, avec des gros plans, des témoignages, des analyses. Créé dans la foulée des événements de 1968, le Syndicat de la magistrature est né de la volonté de jeunes magistrats de se poser d’une façon radicale la question du sens de leur métier. Leur intuition fondatrice : il est impossible de rendre la justice si l’on n’a pas une claire vision de son inscription résolument politique, au sens le plus noble du terme. Cette affirmation si fondée est apparue comme effrayante. On a parlé des « juges rouges ». On a stigmatisé la formule du substitut du procureur de la république à Marseille Oswald Baudot, en 1974 : « Soyez partiaux ! » La formule est contenue dans une lettre qu’il a adressée à ses frais et à sa propre initiative à ses jeunes collègues. Cette missive est une pure merveille d’intelligence, d’humanité, d’ouverture d’esprit, de mesure et d’humilité. Le fait d’en publier le texte intégral justifierait à soi seul l’existence de ce livre. On lira avec perplexité l’histoire de tous les coups tordus que les exécutifs successifs ont portés à l’indépendance de la justice. On est ému de lire les noms de magistrats de grande envergure maintenant à la retraite et de découvrir l’action qu’ils ont menée en leur jeunesse. Une réserve. Le Syndicat de la magistrature a agacé les dents de plus d’un – et pas seulement d’esprits bornés –, parfois des acteurs essentiels. Avec une joyeuse mauvaise foi, ils sont punis en étant passés sous silence, comme tel démographe ou tel directeur de l’administration pénitentiaire.

Alain Cugno
5 novembre 2018
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