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L’impasse collaborative Pour une véritable économie de la coopération

Éloi Laurent Les Liens qui Libèrent, 2018, 185 p., 16 €

Alors que les pratiques collaboratives ont le vent en poupe, jusque dans les champs de l’écologie et de la solidarité, Éloi Laurent met en garde contre une frénésie qui risque de saper les fondements de la coopération sociale. L’impasse collaborative repose sur une distinction entre ces deux termes : la collaboration vise la réalisation d’une tâche commune dans un temps limité, et la coopération une connaissance partagée, sans horizon fini. Ainsi dans le champ politique, où les régimes autoritaires vont pousser à collaborer, quand les démocraties sont théoriquement des espaces de libre coopération entre citoyens. Dans une première partie historique, l’économiste montre comment la coopération humaine est à l’origine de la prospérité, principalement à travers trois institutions : la puissance publique, la ville et l’entreprise. Puis il présente brièvement les principales théories, du pessimisme de Mancur Olson, dans les années 1960, à la « révolution des communs » initiée par Elinor Ostrom, dont l’œuvre est remarquablement bien vulgarisée. La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à la crise contemporaine de la coopération. Éloi Laurent en explore trois facettes bien connues. Une « épidémie de solitude », résultat d’une fragmentation sociale durable qui porte atteinte à la vitalité démocratique, éloignant les citoyens de l’intérêt général et des institutions. L’apparition de « nouveaux passagers clandestins », qui bénéficient des services publics sans en assumer le coût et saccagent la planète en mutualisant les pertes et destructions : multinationales qui s’affranchissent des règles et font jouer la concurrence fiscale entre États (au sein même de l’Union européenne !), et la petite minorité fortunée adepte de l’évasion fiscale, « sabotant la coopération sociale en dégoûtant les autres de coopérer ». Troisième facette de la crise, une « guerre contre le temps », causée par la transition numérique qui dévore le temps libre, sans laisser cours à la coopération sociale pour une transition écologique. Deux problèmes singuliers sont ciblés : l’illusion entretenue d’un savoir déjà là, à portée de clic sur Wikipédia, rendant inutile la construction commune d’une connaissance ; et l’enfermement des individus, par les algorithmes, dans leurs choix passés. Éloi Laurent esquisse finalement quelques pistes de réformes, dont un énième plaidoyer pour une harmonisation des politiques fiscales, l’utilisation effective de nouveaux indicateurs de richesse ou la reconquête des imaginaires et la réinvention d’un grand récit commun. Un récit qui peine toutefois à trouver sa simplicité d’expression et sa force, malgré l’indéniable talent pédagogique dont fait preuve tout l’ouvrage.

François-Xavier Connen
12 novembre 2018
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