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Une nouvelle terre

Dominique Bourg Desclée De Brouwer, 2018, 240 p., 16,90 €

Dominique Bourg est philosophe, rattaché à l’Université de Lausanne, et président du conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme. Auteur de nombreux ouvrages sur l’écologie politique et/ou la spiritualité, Dominique Bourg amorce ici sa réflexion par le constat d’une dissociation grandissante entre le corps humain et nos capacités cognitives, de plus en plus confiées à des éléments extracorporels, en particulier numériques. Pour autant, l’ère actuelle semble simultanément raviver un intérêt pour le donné naturel (reconnaissance de la valeur des non-humains, de l’écocide, retour des spiritualités…). Ainsi, si la philosophie moderne est marquée par l’influence de Bacon, Locke, Hegel ou encore Marx, qui chantent la louange de la transformation de la nature par le travail et du développement des forces productives, l’auteur relève un tournant « quasi-terrien » dans la philosophie du XXe siècle. Husserl, Merleau-Ponty et Heidegger, par exemple, conçoivent celle-ci comme un retour aux choses telles qu’elles nous apparaissent (et non telles que nous les connaissons scientifiquement). À l’heure de l’Anthropocène, qui plus est, du fait de l’impact massif de nos activités sur le système Terre, les phénomènes naturels sont entrelacés au devenir d’une civilisation devenue quasi planétaire, si bien que la nature ne peut plus être que matière. Dominique Bourg relève ainsi un double mouvement : matérialisation de l’esprit d’une part et spiritualisation de la matière d’autre part. Y a-t-il donc vraiment une dissociation entre matière et pensée ? Non, répond-il : la réalité est psychophysique, c'est-à-dire qu’elle s’offre comme esprit et comme matière. La remise en cause du dualisme nature/culture marque l’essoufflement de la modernité. Et sa fin appelle une conversion écologique, comme le fait le pape François dans Laudato si'. Pour marcher vers une société plus respectueuse du donné naturel, Dominique Bourg repère les évolutions en cours dans le domaine de l’éthique (l’interrogation sur la valeur intrinsèque des non-humains en particulier), du droit (reconnaissance de droits à des entités naturelles), ou encore des sciences et techniques (avec le développement de l’agroécologie et de la permaculture par exemple). Un plaidoyer aux arguments divers, qui prône, finalement, un retour à la vie simple.

Louise Roblin
10 juin 2018
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