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Art, foi, politique : un même acte

Jérôme Alexandre et Alain Cugno Hermann, 2017, 118 p., 19 €

Ce petit livre en quatre parties est le fruit des recherches menées au Centre Sèvres (facultés jésuites de Paris), à l’Institut catholique de Paris et au Collège des Bernardins dans le cadre d’un séminaire de deux ans « Esthétique et théologie ». Jérôme Alexandre, théologien, se propose dans le premier chapitre de décrire une modalité d’existence qui reçoit la réalité comme « art », c’est-à-dire comme un monde qui « ne va pas de soi », qui est plus qu’il ne paraît. L’acte artistique peut alors démultiplier ce même monde en « mondes indéfiniment rejoués ». Pour le philosophe Alain Cugno, l’acte de « foi » originaire est esthétique (comme lorsque l’on reconnaît un « je-ne-sais-quoi » que l’on attendait) et de l’ordre de la sensibilité (le monde se montrant soudain comme plus que ce qu’il paraît être). Dans le christianisme en particulier, la foi transforme le monde en une gigantesque œuvre d’art, où chaque chose devient le corps de la révélation d’un absolu à la fois déjà là et pas encore advenu. Jérôme Alexandre reprend la plume pour envisager la création artistique et l’acte de foi comme à la fois tragiques et sources d’émancipation : ils sont une naissance à un autre monde dans lequel il est impossible de demeurer, comme il est également devenu impossible de se contenter de ce monde-ci après avoir goûté à la promesse d’un plus-que-ce-monde. Enfin, Alain Cugno achève cette enthousiasmante esquisse en présentant l’hypothèse que « l’identité entre la foi et ce qui se joue dans l’art s’enracine bien en amont des œuvres, là où se concentre toute l’énergie qui a été capable d’inventer les hommes, c’est-à-dire des êtres parlant, vivant dans un espace inouï, l’espace politique ». On referme cet essai avec un fourmillement d’idées neuves et une sensibilité renouvelée.

Louise Roblin
20 avril 2018
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