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Écologie intensive. La nature, un modèle pour l’agriculture et la société

Michel Griffon Buchet Chastel, 2017, 248 p., 20 €

Ingénieur agronome, Michel Griffon continue, ouvrage après ouvrage, d’expliquer la nécessité de changer nos modes de production en plaidant pour une « écologie intensive ». Ce dernier livre s’adresse à tout lecteur qui cherche à comprendre et à imaginer un nouveau système agricole. Entre éléments techniques (mais qui ne rebuteront pas les moins scientifiques des lecteurs) et exemples concrets, c’est un appel à un changement de modèles et de pratiques. Pour appuyer son propos, Michel Griffon offre une mise en perspective passionnante sur tout le parcours agraire de notre histoire, revenant sur les étapes qui ont profondément et définitivement changé nos écosystèmes. Loin d’être dans une simple culpabilisation des seuls agriculteurs de notre siècle, Écologie intensive permet ainsi aux lecteurs de comprendre comment nous en sommes arrivés à une mécanisation de la production, à des exploitations gigantesques dans les pays du Nord face à la pauvreté de petits paysans ailleurs, à un appauvrissement des sols et à une perte de la biodiversité fatale tant pour les espèces végétales et animales que pour les humains. Notre situation n’est pas uniquement le produit des déforestations actuelles : elle s’inscrit dans un parcours humain où l’enjeu premier était, des chasseurs-cueilleurs nomades aux homos sapiens sédentaires, de nourrir l’ensemble de la population. Michel Griffon parle d’« anthropobiosphère » : un environnement façonné et modifié par l’homme « au point que ses paysages sont méconnaissables par rapport à ce qu’ils devaient être avant l’explosion humaine », mais où il est devenu urgent d’agir. Et quoi de mieux que de s’inspirer du vivant, plein de ressources et de possibilités techniques. Le moindre petit insecte ou la moindre plante peuvent devenir des alliés de l’agriculture, à condition de comprendre comment s’appuyer sur eux. « La compréhension du monde doit être la priorité absolue. » C’est à cette condition sine qua non que l’on pourra trouver les solutions et s’appuyer sur une écologie intensive qui « n’obéit pas à la loi du toujours plus » mais « cherche à produire raisonnablement plus, là où c’est raisonnablement nécessaire pour les populations, en respectant les lois écologiques de la viabilité ». Les évolutions technologiques ou numériques ne sont pas à condamner d’office, si elles sont réellement conçues dans une visée écologique et réellement partagées et diffusées. La même exigence est opposée aux recherches scientifiques, afin de les comparer et de les lier pour y puiser les éléments nécessaires à ce « changement copernicien » souhaité par Michel Griffon.

Anne de Mullenheim
16 novembre 2017
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