Penser la violence des femmes
Coline Cardi et Geneviève Pruvost (dir.) La Découverte, 2012, 464 p., 32 €Cet important ouvrage est le fruit d’un colloque universitaire. En un certain sens, son objet peut paraître un oxymore : les femmes peuvent-elles réellement être violentes ? Leur donnons-nous le droit de l’être ? Se laissent-elles ce droit ? Si la violence féminine est un phénomène relativement minoritaire, les articles rassemblés dans Penser la violence des femmes démontrent combien il est également un phénomène persistant. Dans toutes les sociétés et à toutes les époques, on retrouve des traces de la violence des femmes. Mais cette violence est généralement cachée, refoulée, moquée et minorée, souvent par les femmes elles-mêmes. De modeste (les femmes sont relativement moins violentes que les hommes), le phénomène devient invisible : les femmes ne sont pas violentes, elles ne peuvent pas l’être. Or leur nier cette capacité, c’est nier une partie de leur existence et de leur capacité d’action. Des membres du réseau « Action directe » aux femmes dealers, en passant par Charlotte Corday et Louise Michel, les études présentées ici nous montrent combien les femmes savent, au contraire, se servir de la violence comme moyen d’action politique, au même titre que les hommes. Les auteurs transforment ainsi notre regard sur cette question majeure des études sur le genre : des femmes considérées sans cesse comme des victimes, nous sommes invités à voir des femmes d’action et même des femmes de combat. Si la lecture est parfois un peu fastidieuse et l’intérêt des études rassemblées disparate, le travail réalisé par Coline Cardi et Geneviève Pruvost est impressionnant.
23 octobre 2017