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Se libérer du superflu. Vers une économie de post-croissance

Niko Paech Rue de l’échiquier, 2016 [2012, trad. de l’allemand par Gabriel Lombard], 192 p., 15 €

Le titre, Se libérer du superflu, pourrait laisser penser à un livre sur le développement personnel. Le sous-titre, Vers une économie de post-croissance, nous ramène à la réalité : l’auteur est un économiste. Court et percutant, cet essai est sans concession avec notre modèle de développement. Dès l’introduction, Niko Paech ne cache pas son intention : « Faciliter la rupture avec un modèle de développement qui dépend de la croissance économique, et qui, pour cette raison, n’est plus défendable. » Ses critiques sévères peuvent déconcerter plus d’un lecteur, tant on a l’impression que les solutions au dérèglement climatique s’éloignent à mesure que l’on progresse dans la lecture. L’auteur pose rapidement sa thèse : « La richesse accumulée depuis le début de l’industrialisation repose exclusivement sur une entreprise de pillage écologique. » Nos modes de vies nous pousseraient à « une triple illimitation de nos exigences matérielles : déconnectées de nos capacités physiques, grâce à une armée d’esclaves énergétiques, déconnectées des ressources locales, via des chaînes de valeurs mondialisées, et déconnectées des possibilités du temps présent, par le biais de l’endettement ». Nous sommes ainsi pris dans une « addiction à la consommation mais aussi à la mobilité ». Et ne comptons pas sur « le développement durable qui ne doit jamais porter atteinte à ce modèle de bien-être fondé sur l’argent », ni sur « le mythe de la croissance verte » : derrière ces alternatives se cacherait le danger « d’un effet rebond écologique », les économies d’énergie ou d’argent, offertes par l’innovation technologique, permettant finalement de consommer plus. Le problème n’est donc que déplacé. « Il n’existe pas de technologies ni d’objets durables en soi : seuls les modes de vie peuvent l’être ». Pour Niko Paech, la solution ne viendra que de chacun d’entre nous. L’économie de la post-croissance « invite au renoncement inventif ». Ses propositions tiennent en quelques pages : « subsistance et sobriété ». Intensifier l’usage des objets par le partage, allonger leur durée de vie, développer l’autoproduction (objets, alimentations, échanges de services, monnaies locales…), autant de thèmes déjà bien connus. Mais l’économiste assume : « C’est peut-être la simplicité même de cette stratégie qui pose problème. » Un entretien avec l’auteur donne un peu de chair à l’essai, ses choix de vie incarnant ses propositions. En refermant le livre, le lecteur se retrouve face à ses responsabilités.

Martin Monti-Lalaubie
26 octobre 2017
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