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La Revue Projet, c'est...

Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.

Le Mythe de la singularité. Faut-il craindre l’intelligence artificielle ?

Jean-Gabriel Ganascia Seuil, 2017, 138 p., 18€

Ce livre analyse, avec rigueur et intelligence, les récits relatifs à la singularité technologique – postulant une rupture qui verra une humanité hybridée aux machines basculer au-delà de l’humain – et aux différentes formes de trans et posthumanisme. Il en démonte, un à un, tous les arguments, à commencer par la supposée universalité de la loi de Moore (la capacité des microprocesseurs de doubler leurs capacités tous les dix-huit mois) et la faculté d’auto-apprentissage des machines. Il est frappant de constater l’écart entre l’écho médiatique des thèses transhumanistes ou singularistes, qui relèvent, sur bien des points, d’une « fable extravagante » et leur absence totale de fondement empirique. En fait, « si rien ne permet d’affirmer l’impossibilité absolue de la Singularité, elle est hautement improbable, si improbable qu’on ne saurait l’envisager sérieusement ». Jean-Gabriel Ganascia rappelle la distinction fondamentale entre la discipline scientifique de l’intelligence artificielle et les perspectives nées à sa suite, portées par des philosophes ou des scientifiques extérieurs à ce domaine. Au-delà, il procède à une mise en perspective philosophique – l’analogie entre les technoprophètes contemporains et les gnostiques est particulièrement intéressante – mais aussi politique de ces courants. Comment dépasser le paradoxe apparent où ceux qui créent, promeuvent et bénéficient des technosciences – à commencer ainsi par Raymond Kurzweil, véritable génie de l’informatique, chef de projet chez Google – paraissent, en même temps, s’alarmer devant leurs conséquences ultimes et, à les croire, inéluctables ? L’auteur, replaçant la Singularité dans la stratégie de communication des industries de haute technologie, suggère plusieurs hypothèses. Le vrai moteur n’est-il pas, pour ces entreprises, d’accroître leur pouvoir et de façonner une société à leur image ?

Jean Vettraino
10 août 2017
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