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Prisons, quel avenir?

Jean Bérard et Jean-Marie Delarue Puf- « La vie des idées », 2016, 110 p., 9€

Ce petit livre ne correspond pas tout à fait à son titre. Assez hétérogène, il comporte une introduction de l’ancien contrôleur général des lieux privatifs de liberté, Jean-Marie Delarue, puis un entretien avec Gaëtan Cliquennois et Marion Vacheret comparant les pratiques carcérales de la France et du Canada, la recension d’un ouvrage de Xavier de Larminat con-cernant la France, celle d’un livre d’Alice Goffman concernant les États-Unis, la reprise d’un texte d’une chercheuse française, Yasmine Bouagga, sur la pratique de l’enferment solitaire aux États-Unis, et enfin une conclusion de Jean Bérard, professeur canadien. Selon son degré d’information, le lecteur lira des choses qu’il connaît déjà plus ou moins bien concernant la France ou l’Amérique du Nord. Il sera conforté dans ses analyses ou agacé par quelques traits constants sur ce sujet (à commencer par une sous-évaluation de bon ton du travail interne à l’administration pénitentiaire). Mais le plus impressionnant est le chapitre consacré au livre d’Alice Goffman, On the run (En cavale, 2014) décrivant la façon dont la vie des jeunes d’un quartier noir de Philadelphie est entièrement structurée par leur rapport à la chaîne pénale, les mettant d’emblée en cavale dans leur propre quartier, permettant ou interdisant leur vie professionnelle dans la mesure où ils fréquentent ou non ceux qui ont eu affaire à elle, chacun pouvant mesurer au public venu à son procès quelle est son importance et à la répartition des personnes dans la salle leur courage, s’ils sont sous mandat d’arrêt, et leur statut (une femme à côté de la mère d’un prévenu est donc son amie officielle). Les pratiques aussi absurdes que violentes du système punitif américain (on lira le chapitre de Yasmine Bouagga), traces de dominations sociales plus que de gestion du crime et du délit peuvent-elles venir en France ? Il serait imprudent de répondre par la négative tant certaines élites pensent que les lois faites par eux ne les concernent pas, puisqu’elles sont faites pour les autres.

Alain Cugno
20 mai 2017
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