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La démocratie aux champs. Du jardin d’Éden aux jardins partagés, comment l’agriculture cultive les valeurs démocratiques

Joëlle Zask La Découverte, 2016, 256 p., 18,50 €

Et si le mouvement socio-politique le plus inventif et prometteur se situait à l’échelle « du petit paysan et celle du jardinier des campagnes comme des villes » ? C’est l’hypothèse explorée dans cet essai original. La philosophe Joëlle Zask croise des thèmes auxquels elle a notablement contribué (les formes de participation en démocratie notamment) avec d’autres, neufs pour elle, liés au « phénomène du lopin de terre ». Un croisement résolument optimiste, qui articule trois plans : la culture de la terre prédispose à la culture de soi (plan individuel) ; elle favorise les pratiques citoyennes (plan social), mais aussi une dynamique démocratique plus large (plan politique). Le regard sur chacun de ces plans, tout comme leurs relations, aurait pu être bien plus approfondi. L’auteure montre que les paysans, loin de se cantonner à des résistances diverses, inventent des formes de gouvernement, « généralement communales ou coopératives, démocratiques avant la lettre ». La notion d’autogouvernement est ici centrale, des hortillonnages d’Amiens au XIIe siècle (une communauté autogérée dont le chef était démocratiquement élu) à la colonie de Canudos (État de Bahia), fondée à la fin du XIXe, pour « refonder le gouvernement sur des institutions acquises au principe de l’accès de tous à la terre et du droit de cultiver ». Quant aux jardins partagés – qu’on pense au succès de ceux de Todmorden (au sud de Manchester) –, elle y voit des expériences sociales accomplies : ils « intègrent, socialisent, créent du ‘lien social’ ». J. Zask propose ainsi une éthique et une politique de l’agriculture (paysanne) et du jardinage (pédagogique, ouvrier, partagé…) visant au renforcement de la participation démocratique et touchant à de nombreux domaines, comme le statut de la propriété privée ou la place de la science. Une des limites du propos réside dans une indistinction relativement fréquente entre agriculture et jardinage. De même à propos des « paysans » eux-mêmes, risquant de masquer des rapports de domination – des hommes sur les femmes notamment – en leur sein. Quoi qu’il en soit, Joëlle Zask montre clairement comment les paysans jouent un rôle fondamental, et depuis toujours (si elle remonte à Adam et Ève, elle s’appuie aussi sur des travaux récents de paléontologie), dans l’avènement progressif des démocraties libérales.

Jean Vettraino
2 juin 2016
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