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Passeurs de culture et transferts culturels

Elsa Chaarani Lesourd, Catherine Delesse et Laurence Denooz (dir.) Presses universitaires de Nancy, 2015, 586 p., 20 €

À une époque où on ne parle que de mondialisation et où se pose le délicat problème de la rencontre entre les cultures, les actes du colloque « Passeurs de culture » apportent des pistes de réflexion et offrent une lecture stimulante. Riche de 35 contributions, à l’initiative de l’Université de Lorraine, l’ouvrage Passeurs de culture et transferts culturels s’intéresse à toutes les situations où s’opère un transfert, quel qu’il soit, en interrogeant les notions de passage d’une culture à une autre. Les exemples sont pour la plupart empruntés à la littérature et aux arts, mais les modalités multiples de l’interculturel sont toujours présentées à partir des acteurs qui les portent. Parmi ces « passeurs », des écrivains, des voyageurs, des traducteurs, des exilés, des conteurs. La chronologie court du XVIe au XXIe siècle et la géographie ne dédaigne aucun continent. On y trouve aussi bien l’étude du Décaméron de Boccace, comme manière de conserver la culture aristocratique de Florence face à la peste, destructrice de valeurs, que les réflexions de Maxime Du Camp observant la société sicilienne à l’époque de Garibaldi. L’ouvrage aborde les difficultés de la traduction dues à la subjectivité ou aux croyances des traducteurs. Plus proches des préoccupations actuelles, plusieurs articles abordent la question cruciale de la langue dans laquelle on écrit lorsqu’on est bilingue et biculturel, confronté à un fréquent dilemme, surtout si la langue-mère est vécue comme la langue dominée par la colonisation. Cette sorte d’« exil de l’écriture » concerne aussi les expériences migratoires subies. Mais l’expérience de l’errance et de la dislocation mène pourtant à des productions composites particulièrement riches. Les métissages linguistiques sont souvent une réponse positive au déracinement, donnant naissance à un entre-deux culturel et à des synergies inédites. Un ouvrage foisonnant, à l’image d’un colloque ouvert sur les multiples choix opérés par ces passeurs de culture contraints au multilinguisme ou au déracinement.

Marie-Luce Kerever
10 mai 2016
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