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Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique

Bruno Latour La Découverte, 2015, 400 p., 23 €

Face à Gaïa est la version française et remaniée des prestigieuses « Gifford lectures » sur la « religion naturelle », données par Bruno Latour en 2013 à Édimbourg. Le parcours offre une belle introduction à ses précédents travaux. Le style simple d’une conférence rend la lecture attrayante, malgré la densité du propos. En effet, pour aborder la question du « nouveau régime climatique », l’auteur conduit une réflexion à la croisée de nombreuses disciplines : histoire, philosophie, sciences de la terre et sciences politiques, et même théologie. Il demande à son lecteur des « compétences mêlées » : il faut passer aujourd’hui par les humanités pour comprendre le monde scientifique. Le livre s’ouvre sur une mise en scène théâtrale : comment se représenter ce qui nous arrive aujourd’hui dans la transformation du climat ? La question de la représentation esthétique reste au cœur de l’ouvrage, qui aborde notamment l’évolution de la cartographie et l’émergence de l’image du globe. Mais il s’agit aussi de la représentation politique des non-humains dans les négociations climatiques. Le propos se termine de nouveau sur des planches, celles du théâtre des Amandiers, par une expérimentation où rivières, villes ou océans siègent à côté des États-nations. Chemin faisant, un personnage se lève, Gaïa, sorte de nouveau Léviathan, qui comme l’anthropocène nous oblige à redéfinir le temps et le lieu où nous sommes. Oser lui « faire face », c’est accepter une recomposition de nos frontières et de nos rapports de forces, reconnaître l’incertain et les interactions qui nous permettent de vivre.

Sébastien Carcelle
22 février 2016
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