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Un demi-siècle d’environnement entre science, politique et prospective. En l’honneur de Jacques Theys

Rémi Barré, Thierry Lavoux et Vincent Piveteau (dir.) Quae, 2015, 272 p., 38 €

Sixième extinction, augmentation moyenne des températures, sécheresses à répétition, de plus en plus de phénomènes semblent annoncer des ruptures écologiques majeures, y compris en France. La question environnementale n’y est pourtant pas nouvelle puisqu’elle fait son entrée en politique dès les années 1970 (période à partir de laquelle une structure administrative lui est entièrement dédiée). Dès lors, que penser d’un tel décalage ? Cet ouvrage, dirigé par Rémi Barré, Thierry Lavoux et Vincent Piveteau, apporte une série d’éclairages sur cette incapacité des politiques publiques à anticiper ou éviter la situation environnementale actuelle. Rendant hommage à Jacques Theys, qui a accompagné l’actuel ministère de l’Écologie et du développement durable pendant quarante ans, tout en conservant sa casquette de militant et de chercheur, les auteurs nous proposent une analyse « de l’intérieur » d’avancées mais surtout de dysfonctionnements : l’instabilité des institutions en charge de l’environnement et leur difficulté à être dans l’interdisciplinarité, l’utilisation de concepts flous et la prégnance d’une vision technique de l’environnement qui a évincé sa dimension sociale. Loin de passer pour un bilan rébarbatif, ce livre dévoile la genèse et l’évolution des politiques environnementales en France, depuis les politiques de préservation jusqu’à celles du développement durable. Cette histoire, qui est aussi celle de relations entre science et société, témoigne de la forte influence des représentations de l’environnement et de la structure qui en a la charge sur le contenu même des politiques. Actant la fin de l’ère du développement durable, les auteurs esquissent d’autres propositions, pointant l’attention à avoir dans l’utilisation des concepts, dans la prise en compte des différentes temporalités, de l’interdisciplinarité et du temps qu’il nous reste pour agir. Serait-ce déjà trop tard pour ne pas faire de la transition écologique le nouveau « mythe pacificateur » comme l’imagine Luc Semal ?

Pour aller plus loin

Marie Drique
29 janvier 2016
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