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Le frère perdu. L’affaire Guy-André Kieffer, enquête sur un crime d’État au cœur de la Françafrique

Bernard Kieffer (avec Benoît Collombat) La Découverte, 2015, 220 p., 18€

Le 16 avril 2004, un journaliste français disparaît à Abidjan. Guy-André Kieffer, dit GAK, avait quitté quelques années auparavant la rédaction de La Tribune, dont il était devenu le spécialiste des marchés de matières premières, pour conseiller Laurent Gbagbo après son accession au pouvoir. Avant de déchanter en découvrant l’ampleur des détournements, notamment dans la filière du cacao, au profit du clan au pouvoir ou pour financer l’achat d’armes. Dix ans après sa disparition, son frère relate l’enquête qu’il a menée sans relâche, aidé par Benoît Collombat, grand reporter spécialiste de la Françafrique. Et l’on découvre au fil des pages, la foi chevillée au corps d’un journaliste prenant tous les risques pour faire éclater la vérité. Le témoignage met aussi en lumière la duplicité de la diplomatie française, plus soucieuse en Côte d’Ivoire des intérêts économiques de quelques-uns que de la protection de ses ressortissants. Et l’on se surprend de la faiblesse de la mobilisation médiatique, quand le journaliste disparu n’est « que » pigiste. Bien seul, le juge d’instruction mène avec audace et opiniâtreté un travail salutaire pour faire justice dans cette trouble affaire. GAK est mort, son frère en a la certitude, et selon toute vraisemblance, l’entourage de Simone Gbagbo est directement impliqué, mais les circonstances de sa mort restent floues, et le corps introuvable. Rendant le deuil impossible.

Jean Merckaert
10 septembre 2015
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