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À qui profite le clic ? Le partage de la valeur à l’heure numérique

Valérie-Laure Benabou et Judith Rochfeld Odile Jacob, 2015, 112 p., 17,90 €

En l’absence de droit, le plus fort impose sa loi. Cet avertissement de Lacordaire, au XIXe siècle, trouve une éclatante illustration dans le secteur du numérique et du big data. D’un côté, « la dévoration de la valeur sur Internet » par quelques mastodontes (Google, Apple, Facebook et consorts). De l’autre, des auteurs qui peinent à vivre de leurs créations, et la multitude que nous sommes, à l’origine, par notre empreinte digitale – le plus souvent à notre insu –, d’une manne qui nous échappe. Le tout, dans un monde où producteurs, consommateurs et intermédiaires vivent aux quatre coins du monde, régis par autant de normes différentes. Aussi est-il heureux que des juristes s’emparent de l’enjeu. Le pari du cabinet Corpus Consultants (créé en 2011 par Robert Badinter), auquel participent les auteurs, celui d’un langage accessible, est largement tenu, même si les propositions se font parfois un peu techniques. L’interrogation centrale de l’ouvrage porte sur la pertinence de la propriété exclusive pour régir le monde du numérique. Ce régime est d’ores et déjà contesté par l’esprit des logiciels libres, de l’open data, des financements participatifs par dons… Dont les auteurs pointent aussi les limites. Leurs propositions sont mues par la volonté de rééquilibrer les forces au sein du monde numérique, au profit de l’individu producteur – sans négliger le potentiel d’actions collectives et le recours aux sanctions. Louable objectif ! Reste à espérer, avec les auteurs, que le droit va désormais « hâter son ouvrage » et – à défaut de les faire siennes – du moins mettre en débat leurs recommandations.

Jean Merckaert
4 septembre 2015
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