Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !
Logo du site

La Revue Projet, c'est...

Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.

Disparaître de soi. Une tentation contemporaine

David Le Breton Métailié, 2015, 208 p., 17€

N’être plus personne, comme l’écrivain suisse Robert Walser qui trouva dans un hôpital psychiatrique un lieu où disparaître ; faire une dépression ou un burn-out ; s’abîmer dans le sommeil, dans des jeux de billes comme le pachinko japonais, ou dans des jeux vidéo ; s’absenter dans « la défonce » ; échapper à son corps dans l’anorexie ; disparaître dans des démences séniles comme Alzheimer ; partir, sans laisser de trace ni d’adresse…. Le sociologue David Le Breton suit ici « les pistes multiples de la disparition de soi », dans un essai foisonnant, aux nombreuses références littéraires et avec une attention marquée à la société japonaise. À ses yeux, revers de la liberté contemporaine, l’individualisation du sens et « l’effort d’être soi » provoquent en retour un besoin – ou une tentation – de lâcher rôles et liens sociaux, de se dessaisir, de s’effacer... Phénomène multiple, à la fois contemporain et ancien, que l’auteur décrit à travers la notion de blancheur, « déprise de l’identité, […] non-lieu où les astreintes imposées par le monde environnant sont levées ». Cette recherche s’inscrit dans la continuité de ses travaux antérieurs, ce qui explique l’importance du chapitre consacré à l’adolescence (il occupe le quart du livre), ou l’attention portée à la marche comme façon heureuse de disparaître. La « disparition » dont il est ici question est en effet profondément ambivalente, car si elle peut être liée à la réclusion, au vieillissement, à la folie, elle est aussi un sas, une pause, une modalité autre de l’existence qui peuvent permettre de « retrouver sa vitalité, son intériorité, le goût de vivre ». Finalement, c’est une réflexion sur le moi lui-même qui est ainsi menée, sur ses fictions et ses virtualités. Sans doute l’auteur partage-t-il la position du poète Henri Michaux, cité dans son livre : « Il n’est pas de moi. MOI est une position d’équilibre. »

Jean Vettraino
28 août 2015
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules