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L’Afrique centrale 20 ans après le génocide

François Janne d’Othée et Arnaud Zacharie La Muette/Le Bord de l’eau, 2014, 160 p., 19 €

Paru à l’occasion du vingtième anniversaire du génocide rwandais, cet essai propose une convaincante histoire politique et économique contemporaine de l’Afrique des Grands Lacs (« l’Afrique centrale » dont il est question ici, ce sont bien la République démocratique du Congo, ou RDC, le Rwanda et le Burundi). Dans un style très clair, les auteurs réussissent l’exploit – assez rare au milieu d’une littérature souvent partisane sur la région – d’offrir un récit très précis, difficilement contestable, d’un morceau d’histoire particulièrement complexe et douloureux. Le choix de démarrer cette histoire avec le génocide des Tutsis au Rwanda pouvait sembler discutable, les germes de la division et de la violence ayant été semés bien avant. Mais rien, des épisodes meurtriers et de la mise à sac qui s’en suivent dans l’est du Congo, ni de l’intraitable dictature qui règne aujourd’hui à Kigali, ne s’explique sans ce point de départ : la tentative organisée d’exterminer un peuple. Les auteurs (un journaliste et un chercheur belges) font apparaître la faillite de la communauté internationale devant l’indicible, devant le cynisme des puissances étrangères – dont la France – dans un rôle criminel de pompier pyromane au Rwanda, puis lors de la succession de Mobutu. L’on cherchera en vain une analyse culturelle ou religieuse des événements. La lecture économique met en évidence la responsabilité des institutions financières internationales dans l’étranglement et la déliquescence des institutions, les juteux négoces dont profitent les pays voisins (Rwanda, Ouganda…) à la faveur de la guerre. La RDC, ou la face sombre de la mondialisation. L’on y tue, impunément ou presque, 5 millions d’êtres humains (un bilan incertain) dans la quasi-indifférence internationale, tant que les sous-sols continuent de dégorger leurs richesses. Les enjeux politiques au Burundi et au Rwanda sont eux aussi minutieusement décrits. Un éclairage bien utile à l’heure où les chefs d’État semblent prêts à tout pour se maintenir au pouvoir, faisant à nouveau entrer la région en zone de turbulence, si tant est qu’elle l’ait quittée.

Jean Merckaert
2 juin 2015
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