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Radicaliser la démocratie. Propositions pour une refondation

Dominique Rousseau Seuil, 2015, 240 p., 15 €

La démocratie sans le peuple titrait Maurice Duverger en 1967. Partant du même constat, Dominique Rousseau s’interroge, cinquante ans plus tard, sur les voies et moyens d’une association des citoyens à l’œuvre politique autrement que par des consultations épisodiques. D’évidence, la démocratie représentative « ignore le citoyen ». Un vieux problème qui, à l’heure où la société civile accède à la majorité, requiert un travail de « refondation ». Il suppose d’en finir avec la « représentation fusion » postulant la parfaite coïncidence entre représentants et représentés, au profit d’une « représentation écart » fondée sur la distinction entre peuple souverain et société des individus politiquement actifs en tant que tels. Ce peuple « tout un chacun » peut déjà faire valoir ses droits contre l’État en contestant, via le Conseil constitutionnel, la loi elle-même. Il reste à amplifier le mouvement en cours, moins par le référendum (trop souvent d’« acclamation ») que par des institutions et procédures inventives, telles les « conventions de citoyens » sur les sujets sensibles, une « Assemblée sociale délibérative » placée auprès des deux autres, le retour à la proportionnelle de nature à réduire l’écart entre le politique et la réalité sociale… Une forme de « démocratie continue » qui serait un régime mixte à la fois représentatif et de démocratie directe. Le propos est séduisant. Mais la vraie question est de savoir si le peuple « concret » est disposé à s’engager sous un horizon d’action si exigeant. Quant à l’idée d’une 3e chambre remplaçant le Conseil économique et social avec des pouvoirs fortement accrus, elle laisse, d’un point de vue technique, plutôt sceptique. Néanmoins, une réflexion fourmillante d’idées et, de surcroît, de lecture agréable.

Jacques Le Goff
4 juin 2015
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