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Les religions sont-elles réactionnaires ?

Stéphane Lavignotte Textuel, 2014, 140 p., 13,90 €

Les institutions religieuses – et les croyants qu’elles rassemblent – méritent-elles l’image passéiste qui semble aujourd’hui leur coller ? C’est pour aller à l’encontre de ce préjugé que Stéphane Lavignotte, pasteur et militant écologiste, a rédigé cet ouvrage. Dans cette perspective, il nous propose d’abord de « dé-catholiciser » notre regard sur la religion. Selon lui, les débats actuels, focalisés sur les signes d’appartenance, sont la marque d’une idée de la religion conceptualisée à partir du catholicisme, qui accorde davantage d’importance à l’orthodoxie, contrairement au judaïsme ou à l’islam, plus inscrits dans l’orthopraxie. De la même manière, il s’agit de « dé-essentialiser » notre imaginaire sur le religieux, autrement dit de « cesser de penser la question religieuse de façon religieuse ». Les religions ne sont pas des réalités naturelles et doivent être appréhendées comme des faits sociaux. Il propose dès lors de les analyser à partir des outils de la sociologie et de l’histoire, montrant qu’elles ne sont jamais progressistes ou réactionnaires par essence. Les récits d’expériences, notamment de mouvements émancipateurs s’inspirant d’une foi chrétienne, étayent particulièrement cette position et justifient le plaidoyer de l’auteur pour la fin, de la part de la gauche, « de la politique de mise au placard » vis-à-vis des chrétiens. Non seulement parce qu’elle exclurait des individus qui s’engagent dans les mêmes luttes au nom de convictions nourries par leurs croyances, mais aussi parce que sa réflexion se trouverait enrichie par ce dialogue. C’est ainsi à une question beaucoup plus circonscrite que l’auteur apporte une réponse. Peut-on être chrétien, croyant, et faire parti d’un mouvement émancipateur ? Tel est le vrai fil rouge de cet essai très accessible et intéressant. On pourra cependant regretter un manque de repères conceptuels sur ce que signifie être croyant, réactionnaire, progressiste ou « de gauche » : l’implicite des propos nuit à l’efficacité de la démonstration.

Marie Drique
12 mai 2015
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