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Reprendre confiance. Philosophie d’urgence pour société en crise

Pierre-Olivier Monteil François Bourin, 2014, 92 p., 9 €

On lira avec reconnaissance ce petit livre réconfortant et stimulant. Pierre-Olivier Monteil part du constat d’une évidence : il y a une crise de l’estime de soi en France, résultat d’une manière catastrophique de scléroser et d’assécher tout ce qui est vivant par l’esprit de compétitivité. Sont ainsi visités tous les grands domaines du travail (avec une attention toute particulière pour le chômage) mais aussi ceux de l’éducation et de la politique. À cette défaite de la confiance, qui est aussi une défaite de la pensée, il est opposé une compréhension du vivre ensemble fondée sur la gratitude et la capacité de se faire marin, de se forger un imaginaire liquide qui ne s’enracine pas dans la terrestre souveraineté des uns et des autres, mais dans la fluidité des solutions inventées en fonction des circonstances, et parce qu’on est à des milliers de milles de ses bases. C’est l’occasion, entre autres, d’une très belle analyse de l’empathie comme forme supérieure d’intelligence : c’est elle qui permet au chef d’orchestre d’entrer en communication avec les musiciens et, si c’est un soir de grâce, avec le public, afin que l’œuvre se mette à exister dans un champ commun créé de toute pièce par l’instant de la création. Que le citoyen ait confiance en soi est une condition fondamentale de la démocratie. Seule la confiance peut, en effet, donner suffisamment de liberté d’esprit pour pouvoir lire l’histoire et en renouveler l’interprétation d’une manière féconde. Aussi, par exemple, est-il permis d’interpréter les fraternisations entre tranchées pendant la Grande Guerre non pas seulement, ainsi qu’il fut dit à l’époque et selon son camp, comme expression du pacifisme, préfiguration du communisme, ou trahison, mais comme premières tentatives d’un esprit européen qui cherchait passage. Nous avons connu trente glorieuses années de restauration de l’égalité après la Seconde Guerre mondiale, puis trente années de liberté (d’entreprendre). Il serait souhaitable, dit l’auteur, que nous entrions désormais dans l’ère de la fraternité.

Alain Cugno
13 mars 2015
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