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Françafrique. La famille recomposée

Collectif, Thomas Noirot et Fabrice Tarrit Syllepse, 2014, 224 p., 12 €

Voilà un livre qui nage à contre-courant. Là où une majorité d’analystes voit l’influence de la France décroître en Afrique et ses réseaux affairistes relégués dans les profondeurs du passé, les auteurs défendent l’actualité du concept de « Françafrique », popularisé par François-Xavier Verschave. Tous engagés (bénévolement) au sein de l’association Survie (dont le recenseur est lui-même sympathisant), qui milite pour une autre politique de la France en Afrique, ils se livrent ici, dans un style très académique, à une analyse précise de l’évolution récente des relations entre Paris et ses anciennes colonies autour de trois pôles : diplomatie, armée, entreprises. Sur le plan politique, l’affichage décomplexé du sarkozysme aux côtés des indéboulonnables présidents Bongo (Gabon) ou Sassou-Nguesso (Congo-Brazzaville) a cédé la place à une diplomatie plus soucieuse de son image, recevant volontiers les opposants, sans pour autant que la rupture soit nette avec les dictateurs (le Tchadien Idriss Déby étant particulièrement choyé). La deuxième partie, consacrée au volet militaire, fournit une grille de lecture des campagnes au Mali et en Centrafrique à l’opposé des thèses véhiculées dans les médias français. Les stratégies d’européanisation et d’africanisation des opérations militaires françaises en Afrique ayant échoué, l’État-major français a théorisé son redéploiement en Afrique francophone, dans une fonction non plus d’accompagnement ou de formation mais bien de pilotage des armées locales. Un redéploiement quasi colonial que le « chef de guerre » Hollande est venu cautionner au nom de la lutte contre le terrorisme. La partie consacrée aux entreprises s’inscrit utilement dans la longue durée, faisant apparaître l’héritage colonial dans lequel se coulent encore certains groupes familiaux français (Rougier, Castel, Vilgrain, ou Bolloré qui faisait 80 % de son profit en Afrique en 2011…), tandis que d’autres se mondialisent, sans pour autant se désintéresser du continent (Total, BNP Paribas, Orange, Lafarge…). Elle invite aussi à relativiser le spectre de la concurrence chinoise, cantonnée à quelques secteurs. Au total, l’analyse fournie par Survie apporte au débat public un utile contre-feu, solidement argumenté, à la couverture habituellement réservée au sujet, entre autocongratulation et défense des intérêts économiques hexagonaux. Cependant, on pourra juger l’accent critique parfois excessif : chaque évolution positive n’est évoquée que pour mieux en relativiser la portée. On en vient à se demander si les auteurs, fins observateurs mais étonnamment silencieux sur les propositions alternatives, n’ont pas eux-mêmes renoncé à ce qu’une autre politique française soit possible en Afrique.

Pour aller plus loin

Jean Merckaert
10 février 2015
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