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La diplomatie au défi des religions. Tensions, guerres, médiations

Collectif, Denis Lacorne, Justin Vaïsse et Jean-Paul Willaime Odile Jacob, 2014, 340 p., 24,90 €

Ce livre est le fruit d’un colloque organisé par le Ceri-Sciences-Po à la demande du  ministère des Affaires étrangères et consacré au grand retour du religieux dans la diplomatie contemporaine. Laurent Fabius soulignait qu’en mettant un terme aux guerres de religions qui ont ensanglanté l’Europe pendant plus d’un siècle, le traité de Westphalie, en 1648, a posé les bases du paradigme de la souveraineté des États comme principe commandant les relations internationales jusqu’à nos jours. Aujourd’hui, le fait religieux est-il à nouveau  le moteur d’une remise en cause de ce paradigme diplomatique ? Cette question est abordée – par Régis Debray, Olivier Roy, Christophe Jaffrelot, Joseph Maïla et seize autres intervenants – à partir de quatre approches : l’histoire, les relations internationales contemporaines, la laïcité et le droit international. Certes, l’actualité des révolutions arabes a mis l’islam au cœur des réflexions du colloque, mais un des intérêts de ces actes est de nous faire prendre du recul, à la fois vis-à-vis de l’islam comme facteur de conflit (les autres religions participent à ce phénomène du religieux dans les guerres récentes ) et vis-à-vis du fait religieux : la mondialisation des échanges et les nouvelles technologies reconfigurent les relations entre les pouvoirs politiques et les pouvoirs religieux dans un contexte de sortie de la bipolarisation diplomatique et de montée en puissance de l’individualisation des choix personnels (y compris religieux). À l’opposé des « évidences » mises en avant par les boutefeux de la guerre des civilisations, ce livre invite au discernement devant la masse d’informations que nous recevons en flot continu. Parmi les analyses développées ici, retenons en deux. Olivier Roy montre comment la sécularisation des sociétés arabes, que l’on pense trop facilement être la clef de leur démocratisation, renforce au contraire l’autoritarisme. De son côté, le sociologue Matthias Koenig, de l’Université de Göttingen (Allemagne), s’interroge sur l’investissement massif des ONG confessionnelles dans la défense des droits de l’homme au nom de la liberté religieuse, au risque de fournir des arguments à ceux qui relativisent ces droits de l’homme.

Christophe Courtin
2 février 2015
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