Logo du site

Le temps des oubliés. Refaire la démocratie

Fred Poché Chronique sociale, 2014, 156 p., 14 €

Cet ouvrage, troisième volet d’un triptyque commencé avec Une politique de la fragilité, et poursuivi avec Blessures intimes, blessures sociales est une réflexion sur le potentiel de rénovation de la démocratie que représentent ceux que l’on ne prend pas habituellement en considération. Après avoir dressé une sorte d’état des lieux – assez alarmiste – de la situation présente (chapitres 1 et 2), l’auteur met en relief la souffrance des oubliés (chapitres 3 et 4) en insistant sur les phénomènes de réification des esprits, de fragmentation (du temps, des liens), de normativité – d’autant plus tyrannique qu’elle se cache – d’accélération, qui empêche tout recul et toute mémoire : toutes ces conditions gênent l’expression créatrice et pèsent sur le processus de naissance d’un sujet. En réponse, l’auteur propose (chapitres 5 et 6) « une dynamique de re-symbolisation » qui rende possible « aux plus fragiles de s’identifier, de structurer leur identité personnelle et collective afin de prendre toute leur place dans la société » (p. 119). Il plaide ainsi pour promouvoir des manières ouvertes de vivre les identités, d’articuler liens communautaires et consentement à la diversité, de favoriser l’expression des groupes minoritaires et marginalisés, de permettre aux laissés-pour-compte d’agir pour le bien commun, de valoriser une mémoire qui soit source de dignité, de promouvoir une culture du don et de la bienveillance qui fasse pièce aux jugements binaires et aux simplismes. À noter aussi les distinctions intéressantes entre morale et éthique immédiates, et entre morale et éthique prolongées (pp.114-116). C’est donc une approche « grand angle » de la souffrance sociale, très soucieuse d’honorer le rendez-vous politique qu’elle représente. Et c’est, pour cela, une réflexion précieuse.

Étienne Grieu
1er décembre 2014
* Champs requis
Séparé les destinataires par des points virgules