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Criminologie et lobby sécuritaire. Une controverse française

Laurent Mucchielli La Dispute, 2014, 194 p., 15 €

La reprise de la polémique qui, dans le microcosme universitaire français, a fait rage, naguère, à propos de la criminologie (est-elle une discipline indépendante susceptible d’être reconnue par le Conseil national des universités ? Est-elle, au contraire, à la croisée de cinq disciplines diverses ? Ou encore, dans quelles circonstances troubles Alain Bauer s’est-il retrouvé nommé à une chaire de criminologie ?) intéressera très médiocrement le lecteur qui n’appartient pas à ces cercles. En revanche, la présentation de l’histoire de la criminologie française depuis ses origines est passionnante et très éclairante. Elle permet de situer avec précision les courants qui l’ont toujours traversée et dont l’écho se fait encore sentir, en effet, dans les querelles contemporaines. Elle montre l’élaboration très précoce de thèmes dont on pourrait croire qu’ils sont d’invention récente, comme celui de la dangerosité (au minimum la IIIe République). Bien plus qu’une histoire de la pensée, il s’agit de l’épopée d’une lutte pour le pouvoir entre diverses corporations qui ont pu élever une prétention à la compétence criminologique. On mesurera, avec quelque surprise, combien ce sont les médecins qui se sont révélés les plus féroces, les plus bornés – scientisme oblige – et les magistrats les plus humains et les plus mesurés. Le tableau s’est encore compliqué avec l’émergence des sciences sociales dans les années 1880-1890, dans le but d’échapper à la sphère médicale. Elles seront tantôt dominantes, tantôt dominées par la reprise en main opérée, périodiquement, par les psychiatres et les juristes. La thèse centrale de l’auteur semblera, quand même, assez fragile. Dire qu’il n’y a pas, qu’il ne peut y avoir, de dialogue interdisciplinaire en criminologie parce que les disciplines impliquées n’opèrent pas dans le même horizon épistémologique laisse un peu perplexe et suscite au moins cette question : dans quel horizon épistémologique une telle affirmation se trouve-t-elle elle-même énoncée ?

Alain Cugno
4 dcembre 2014
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