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Accès à l’énergie en Europe. Les précaires invisibles

François Bafoil, Ferenc Fodor et Dominique Le Roux (dir.) Presses de Sciences Po, 2014, 374 p., 23 €

Dans un contexte de renchérissement des prix de l’énergie et d’affaiblissement du « reste à vivre », nombreuses sont les associations qui attirent l’attention sur la montée des « précaires énergétiques ». Mais de qui et de quoi parle-t-on ? L’ambition de cet ouvrage (réalisé dans le cadre d’un partenariat entre le Centre d’études et de recherches internationales de Sciences-Po et la direction recherche et développement d’EDF) est précisément de faire la lumière sur ces questions, dans un contexte européen. À partir d’une comparaison dans cinq pays (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Hongrie, Pologne), les auteurs tentent de cerner au plus près les profils « des pauvres énergétiques », ces ménages qui peinent à régler leurs factures d’énergies et donc à satisfaire des besoins vitaux, et de comprendre comment chaque pays peut en rendre compte à travers les statistiques officielles. Une première partie tente d’évaluer la part de responsabilité de la libéralisation du marché de l’énergie en Europe dans la montée du phénomène. Si la relation de cause à effet ne semble pas directe, cette dernière n’a pas eu les conséquences attendues (baisse des prix, pluralité de l’offre), mais elle a pu, au contraire, créer pour certains les conditions d’un basculement. Partout se dresse le constat d’une aggravation du phénomène. La deuxième partie de l’ouvrage propose une analyse des politiques et des actions collectives mises en place. En Allemagne et en Pologne, la précarité énergétique est considérée comme l’extension de la grande pauvreté et son traitement est dilué dans les aides sociales traditionnelles, tandis qu’elle fait l’objet d’une catégorie nouvelle de l’action publique en France et Grande-Bretagne qui associe lutte contre le changement climatique et versement d’allocations sociales. Cet ouvrage universitaire intéressant confirme les limites de la définition statistique actuelle de la précarité énergétique qui tend à obscurcir, voire à rendre invisibles ces ménages qui ne se chauffent plus, ou qui n’ont pas recours aux aides sociales par crainte de stigmatisation. Il ne peut cependant qu’inciter à aller plus loin, tant du côté de l’action que de l’analyse. La précarité énergétique gagnerait notamment à être interrogée au regard d’une situation environnementale inédite – complètement éludée dans cet ouvrage – et de modes de vie collectifs qui entraînent une hausse non maîtrisée des besoins en énergie et en mobilité…

Marie Drique
23 octobre 2014
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