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The Wire. L’Amérique sur écoute

Marie-Hélène Bacqué, Amélie Flamand, Anne-Marie Paquet-Deyris et Julien Talpin La Découverte, 2014, 265 p., 24,50 €

Peut-on faire de la sociologie avec une série télévisée ? Oui ! Et pas n’importe laquelle : l’une des plus regardées du petit écran et l’une des plus analysées par les sciences sociales : The Wire, diffusée aux États-Unis entre 2002 et 2008. C’est le pari des auteurs de ce recueil au croisement de la sociologie des médias et de la sociologie urbaine. « The Wire propose, à partir d’une description fine des quartiers ghettoïsés de cette ville de la côte Est [Baltimore], une critique radicale de la société américaine » (p. 7) : dès l’introduction, les coordinateurs de l’ouvrage plantent le décor d’une analyse où l’espace de la ville, l’hégémonie néo-libérale, les représentations de l’autre (de classe, de genre et de race), les nouvelles figures de la précarité, de l’exclusion et de la ségrégation sociale, les institutions et les dispositifs de pouvoirs (policier et judiciaire en particulier) sont les protagonistes d’une fable sociologique. The Wire donne à voir, avec les outils de l’image et du séquençage du récit propres au genre de la série, un ensemble d’évolutions où le ghetto américain trouve une singularité tout en étant comparable à d’autres situations sociales et politiques analogues outre-Atlantique. Cette densité en fait un outil précieux pour les sciences sociales, autant pour la recherche (sociologique, anthropologique, historique) que pour l’enseignement. Par ailleurs, l’une des vertus de l’ouvrage est précisément de questionner, dans une quatrième partie, la réception de The Wire depuis la France. Avec une promesse pour ses spectateurs, savants, profanes et citoyens : celle de retrouver, par-delà les représentations misérabilistes et ethnocentriques des classes populaires, une possibilité d’action pour les inaudibles de nos sociétés.

Federico Tarragoni
30 juin 2014
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