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Les espions français parlent

Sébastien Laurent Nouveau monde éd., 2011, 622 p., 24 €

Si les espions peuplent l’imagerie romanesque et cinématographique, s’ils jalonnent les enquêtes journalistiques, ils sont eux-mêmes peu diserts sur leur activité. Plus rares encore sont les universitaires à s’attarder sur eux. Réunissant des archives inédites, parfois décapantes, opportunément introduites par des historiens, et des témoignages d’acteurs de premier plan des services secrets français, cet épais recueil ouvre une fenêtre originale sur l’histoire française de la seconde moitié du XXe siècle. En quatre séquences (Asie, Afrique, Guerre froide, « monde sans polarité »), il dévoile le rôle des agences multiples, concurrentes parfois, confrontées à des questions organisationnelles classiques comme à des enjeux géopolitiques majeurs gérés en prise directe avec le sommet de l’État. Loin des préjugés, l’on découvre le quotidien des espions, quelques-uns de leurs « trucs », leur vie de famille, le sens professionnel, la forte éthique de certains, leurs convictions politiques – souvent en phase avec le pouvoir en place. Fourmillant d’informations, cet ouvrage surprend cependant par l’empathie que les auteurs semblent avoir pour leur sujet. Pour évoquer certaines pages sombres de l’histoire récente, de la naissance en Indochine de la doctrine française de guerre contre-révolutionnaire (qui fait de « l’habitant » « un facteur très important de la guerre moderne », p. 124), au déni du droit international humanitaire, en passant par le mépris des indépendances affiché par Jacques Foccart au sud du Sahara, on eût attendu davantage de distance.

Jean Merckaert
1er avril 2012
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