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Un Bantou en Asie

Célestin Monga Puf, 2011, 210 p., 18 €

On reconnaît les Africains dans les aéroports au nombre et à la taille de leurs bagages. C’est ce que Célestin Monga a appelé le syndrome du bagage depuis qu’un Chinois de Californie lui en fit la remarque, une nuit, entre deux avions, en escale à Bangkok. Cadre dirigeant de la Banque mondiale, exilé politique, Camerounais, Célestin Monga, après Washington et la corne de l’Afrique, livre ici son nouveau carnet de voyage en forme d’étonnement philosophique. En ces temps de mondialisation accélérée, de creusement des inégalités, de nivellement consumériste des cultures, il est toujours curieux d’avoir le point de vue d’un représentant, séduisant, de ces élites mondialisées, cultivées, qui s’emploient depuis des années à dissoudre la diversité dans l’abstraction d’un marché global tout en s’en étonnant. C’est dans cette contradiction que réside l’intérêt de ce livre, bien écrit, érudit, tissé d’anecdotes amusantes et de réflexions pointues. Mais la lucidité revendiquée de ce voyageur africain en Asie ne serait-elle pas, aveugle sur l’idéologie qu’il porte en lui, celle de la machine à broyer les différences qu’est le capitalisme ? On aimerait lui conseiller d’alléger ses nombreux bagages intellectuels, bourrés de citations, sanglés de références (Cioran, Goethe, Kafka, Sartre…) et de partir voir le monde, comme le jeune Rimbaud, les poches trouées, la tête dans les étoiles.

Christophe Courtin
8 février 2012
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