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L'homme viable. Du développement au développement durable

Michel et Florent Griffon Resumé Michel et Florent Griffon, L’Homme viable

Cet ouvrage, coécrit par Michel Griffon, agronome et spécialiste du développement, et son fils Florent Griffon, économiste et analyste financier, constitue un véritable manuel sur l’histoire du développement durable. Les auteurs choisissent  de prendre du recul en le resituant dans le sillon des grands projets de développement, comme l’indique le sous-titre. Cette profondeur de champ permet un regard renouvelé pour mieux appréhender les questions d’avenir.

Aux origines du développement

L’homme viable commence ainsi par une remontée aux origines du développement, enraciné depuis le XVIIIe siècle dans une volonté utopique et révolutionnaire de maîtriser l’avenir. Si le terme de « sous-développement » apparaît pour la première fois dans un discours du président Truman en 1949, en pleine reconstruction de l’Europe d’après-guerre, celui de « développement » devient un vrai mot d’ordre politique à l’heure de la décolonisation. Mais l’échec de nombreux programmes notamment en Afrique, puis le choc pétrolier et les crises économiques et financières qui se succèdent, vont contribuer à remettre en cause une vision trop idéaliste de la notion même de développement, dans les années 80. Au cours de la décennie suivante, le contexte économique mondial évolue très fortement avec l’accélération de la mondialisation et la montée des pays émergents : le développement est réduit à la croissance économique, selon un modèle libéral. Parallèlement, à la suite de multiples catastrophes environnementales (le naufrage de l’ExxonValdez, l’explosion du réacteur de Tchernobyl), une conscience écologique mondiale émerge. Elle prend davantage la mesure des interactions entre l’activité anthropique et les écosystèmes. Des conférences internationales se succèdent, de Kyoto à Johannesburg puis Copenhague, avec la prise en compte progressive d’un risque global lié au réchauffement climatique. C’est dans ce contexte que s’impose l’expression de « développement durable », fondé sur les trois piliers économiques, sociaux et environnementaux, non sans une certaine ambiguïté.

Au-delà du développement durable

A l’issue de ce parcours historique, l’ouvrage s’attarde sur les débats actuels autour du développement durable. Selon la définition canonique donnée en 1987 par le rapport Brundtland, il s’agit d’un développement « qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Mais l’expression, qui garde une connotation économique forte, recouvre une vision plus ou moins critique de la croissance selon qu’elle est employée par une entreprise multinationale, un responsable politique ou un militant écologiste. Pour les auteurs, le concept d’» écodéveloppement » explicite  le jeu de relations complexes entre développement économique et écosystèmes, et invite à un déplacement méthodologique pour prendre en compte le « système-terre ».

Dès lors, l’analyse des systèmes complexes devient une question épistémologique capitale pour pouvoir agir dans notre monde. Là encore, l’histoire permet de comprendre comment la notion de complexité s’est peu à peu forgée dans les sciences, depuis la mécanique jusqu’à l’écologie en passant par l’économie. Mais quelle que soit la discipline, les modèles proposés ne rendent que partiellement compte de la complexité du développement. Mêmes les techniques informatiques les plus récentes ne peuvent représenter les différents aspects du développement des populations humaines et de leurs effets sur la terre dans leur dimension évolutive. La question fondamentale aujourd’hui est de déterminer les conditions qui préviendront la disparition de l’espèce humaine et plus largement de la vie : « finalement modéliser le développement, n’est-ce pas représenter ‘l’envahissement’ (pour reprendre un terme de l’écologie) de l’écosystème global par l’espèce humaine, ainsi que les conséquences de cet envahissement ? » (p. 163).

La possibilité d’un monde viable ?

Les auteurs sont conduits à questionner le terme même de développement pour lui préférer celui de viabilité, qui « renvoie à un autre univers de pensée. Un système est par nature, soit viable, soit non viable, c’est-à-dire soit qu’il se maintient en vie, soit qu’il est destiné à se dégrader et à périr » (p. 167). Au terme du parcours, le lecteur est invité à s’interroger sur les conditions qui pourront permettre de conduire un changement global viable en ce début de XXIe siècle. Devant le changement climatique, les auteurs rappellent à la fois l’urgence d’une conversion et l’extrême complexité du changement à conduire, mais sans proposer, dans ce premier volume, d’action au niveau individuel et collectif.

Dans un style très clair, cet ouvrage permet au lecteur de se familiariser avec les concepts économiques, scientifiques et techniques en jeu dans le développement durable. C’est sans doute l’écriture conjointe de deux générations ensemble qui nourrit ce souci de transmettre notre histoire et de trouver un chemin pour l’humanité en quête d’un avenir durable sur la Terre.


Sébastien Carcelle
12 décembre 2010
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