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La planète migratoire dans la mondialisation

Gildas Simon Coll. U Géographie, Armand Colin, 2008, 256 p., 25,50 €

Gildas Simon.

Migrer est, ou peut être une fin en soi ; circuler ne l’est pas. L’autonomie du migrant met en évidence son rôle majeur dans le fonctionnement migratoire, avec sa capacité d’initiative, ses ressources culturelles, sa capacité à déployer une stratégie de déplacement. L’ensemble de l’espace transnational que parcourt le migrant en suivant son projet, et qui unit, quelle que soit la distance, les lieux d’origine, de transit et d’installation parcourus par les migrants, et par les flux induits (matériels, idéels) par la circulation, est appelé ici champ migratoire. Le concept est opératoire tout autant que fluide pour rendre compte des phénomènes de migration aujourd’hui, et surtout pour mieux articuler les circulations de personnes migrantes aux autres caractéristiques de la mondialisation : la mondialisation migratoire est portée par la mondialisation générale, mais elle en est une composante spécifique et complexe, autonome.

L’ouvrage se déploie en quatre parties. La première – le temps et les espaces de la mondialisation – vise à comprendre à la fois l’histoire et l’état actuel des migrations à l’intérieur des logiques, notamment spatiales, de la mondialisation. S’ouvre ensuite une description des acteurs, logiques et enjeux de la mondialisation actuelle – deuxième partie, où sont mis en évidence le rôle des migrations forcées et les effets des migrations sur l’internationalisation des marchés de l’emploi. Le parcours du migrant met le transnational dans tous ses états. La troisième partie traite des logiques affectives et des stratégies familiales qui habitent les champs migratoires, des réseaux sociaux et de diasporas, voire des entreprises ethniques qui sont au cœur de la mondialisation, de l’importance des transferts financiers liés aux migrations. Cette partie s’achève par une réflexion plus sociologique, en s’interrogeant sur les recompositions identitaires et culturelles. La quatrième partie – La question de la régulation migratoire –rend compte du durcissement des politiques migratoires des Etats, la « contagion des murs », et analyse la signification de l’Europe de Schengen comme volonté politique d’un nouvel « ordre » régional sécuritaire.

Il y a plus de dix ans, Gildas Simon avait publié une Géodymanique des migrations internationales dans le monde (Puf, 1995). D’un ouvrage à l’autre, la distance est éclairante : les concepts pour comprendre les migrations ont évolué (d’une géodynamique à la notion de champ migratoire), et les circulations migratoires ont acquis un statut différent, maintenant majeur, dans la mondialisation. On verra là un premier intérêt de cet ouvrage récent. Un second intérêt tient à la prise en compte de deux aspects de la migration, particulièrement mis en évidence dans « La planète migratoire » : l’importance des logiques affectives et des stratégies familiales, d’une part, et la croissance étonnante des circuits financiers, d’autre part. L’affectif, et l’argent… on comprend combien la question de la règle, ou des lois, ou de la régulation des circulations migratoires peut être problématique aujourd’hui. Il est temps de se poser la question du type de gouvernance qu’exigent désormais les phénomènes migratoires, à l’échelon mondial 1. Enfin, justement – et c’est le troisième intérêt de l’ouvrage –, les migrations sont enfin prises en compte dans une approche de la mondialisation, de manière à mieux en apprécier la complexité, et pour qu’enfin celle-ci soit pensée et analysée aussi en fonction des personnes et des populations.

Cet ouvrage, clair et très complet, propose une systématique très pensée des phénomènes migratoires, qui pourra alimenter le débat scientifique. Elle sera aussi utile aux politiques, qu’elle aidera à prendre les circulations migratoires pour ce qu’elles sont, et non pour ce qu’ils croient qu’elles sont.

Jean-Marie Carrière
1er avril 2009
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