Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.
Les communes subissent de plein fouet les coupes budgétaires de l’État tout en devant assumer des responsabilités de plus en plus conséquentes. Ce hiatus met en jeu la survie d’un échelon politique incontournable.
La scène qui suit est recomposée à partir de situations documentées dans plusieurs communes confrontées à la raréfaction de l’offre d’accueil et à la contrainte budgétaire.
Un soir de septembre. Conseil municipal ordinaire, ordre du jour technique : « réorganisation du service petite enfance ». Formule administrative, presque anodine. En réalité, une crèche ferme. Non par désinvolture. Non par désengagement. Mais parce que, progressivement, les marges ont fondu, les charges se sont empilées, et que les arbitrages ont glissé vers les missions les moins protégées.
Le maire dit n’avoir pas le choix. Il dit vrai. Simplement, il a été exercé ailleurs. Comme tant d’autres avant lui, ce conseil vote une fermeture qu’il n’a pas véritablement décidée. La scène paraît circonscrite ; elle relève pourtant d’une séquence nationale, répétée, presque méthodique.
Depuis quarante ans, le financement local obéit à une chorégraphie connue : transfert de compétences, compression des dotations, puis obligation faite aux collectivités d’absorber l’écart. Rien de spectaculaire : plutôt un glissement continu, discret, rarement assumé comme tel.
Entre 2014 et 2017, la part forfaitaire de la dotation globale de fonctionnement (DGF) a diminué de 11,2 milliards d’euros – une baisse d’une ampleur exceptionnelle, conduite au nom « du redressement des comptes publics »1. Les communes ont absorbé le choc : investissements différés, services non obligatoires réduits, marges comprimées. Au bout de la chaîne, les ménages ont payé – en temps, en déplacements, en renoncements.
La dette du bloc communal s’élevait fin 2024 à 114,4 milliards d’euros hors Paris, dont 54 % portés par les seules commune
vous pouvez l’acheter à l’unité pour 3€
Pour accéder à cet article :
La Revue Projet donne gratuitement accès aux articles de plus de 3 ans.