Une revue bimestrielle, exigeante et accessible, au croisement entre le monde de la recherche et les associations de terrain.
Co-conception, cartographies sociales et chantiers partagés ont permis de transformer le regard sur les bidonvilles pour favoriser l'émergence de politiques publiques d'inclusion. Ces progrès restent à consolider.
L’histoire récente des politiques publiques françaises face aux bidonvilles dessine une trajectoire contrastée, faite d’avancées fragiles et de tensions récurrentes. La circulaire de 2010, signée sous l’égide de Brice Hortefeux, incarne une approche sécuritaire assumée : elle essentialise les populations roms comme problème public, légitime les expulsions comme réponse privilégiée, et inscrit l’action de l’État dans une logique de démantèlement plutôt que d’accompagnement.
Deux ans plus tard, la circulaire de 2012 introduit une première inflexion : sans remettre en cause la primauté de l’expulsion, elle commence à reconnaître la nécessité d’un volet social minimal. C’est l’instruction interministérielle de janvier 2018 qui opère un changement de paradigme.
Signée par huit ministres, elle pose pour la première fois l’objectif explicite de résorption des bidonvilles et place la personne au centre du projet. L’horizon n’est plus l’évacuation du terrain, mais la sortie digne des situations de mal-logement. Le terme même de « bidonville » remplace celui de « campement illicite ».
Cette évolution s’enracine dans quinze années d’expérimentations portées par un écosystème d’acteurs associatifs, de collectivités pionnières, d’institutions qui ont démontré qu’une autre voie était possible. Cette trajectoire reste en ligne de crête, entre la résurgence des discours sécuritaires, la baisse des dotations publiques, et la disparition programmée d’acteurs militants. La transmission des savoir-faire accumulés devient alors un enjeu politique majeur.
Améliorer les conditions de vie sur site n’est pas une fin en soi, c’est un déclencheur. L’expérience du bidonville de Triel-sur-Seine (Yvelines), en 2015, illustre cette approche. À la rencontre des 190 personnes qui habita
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